Le chemin de Saint-Jacques de Compostelle 
Le pèlerin tenté par le Diable, Musée Fenaille, Rodez, grisaille et jaune d'argent, XVIème siècle
Via Pod(i)ensis

Loin de moi l'idée de vous convertir à quoi que ce soit en écrivant cette page. Je souhaite simplement vous rappeler brièvement l'histoire du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, afin que vous compreniez mieux l'existence, sur l'Aubrac, d'une référence permanente au "Chemin de Saint-Jacques".

Je ne suis pas spécialement fasciné par l'idée du pèlerinage, mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui nombreux sont ceux qui se jettent sur les chemins, parfois sans référence religieuse, juste pour la beauté du geste. J'ai trouvé utile de reprendre les points essentiels de l'histoire du pèlerinage.

Vous n'êtes pas sans ignorer qui fut Saint-Jacques. Il faut commencer par rappeler qu'il n'a probablement jamais emprunté aucun des "chemins" qui portent aujourd'hui son nom. Ce sont en fait les chemins qui permettent d'aller là ou l'on vénère sa mémoire, à Saint-Jacques de Compostelle, en Galice (Espagne).

Saint-JacquesL'apôtre Saint-Jacques le Majeur aurait, dit la tradition, été chargé, après la mort du Christ, d'évangéliser l'Espagne. Il échoua dans cette tâche difficile et s'en retourna en Galilée, ou on lui coupa la tête en 44 (ça, c'est du raccourci).

Sa dépouille fut alors déposée dans une barque de pierre qui, nonobstant son poids, dériva jusqu'en Galice. La dépouille fut enterrée et oubliée là pendant près de 800 ans. En 813, un ange apparut à l'ermite Pélage et lui révéla le lieu de la sépulture, laquelle fut effectivement retrouvée avec l'aide d'une étoile fort brillante, dans un lieu baptisé dès lors le champ de l'étoile (Compo - Stella) et transférée à Compostelle.

Dès cet instant, le roi Alphonse II le Chaste, roi de Galice et des Asturies, tout occupé à bouter le Sarrasin hors de son royaume, se place sous le patronage de ce saint tombé du ciel, et fait bâtir un église en son honneur. Saint-Jacques, pas bêcheur, apparaît aux côtés des chrétiens à la bataille de Clavijo en 844, ce qui lui vaut son surnom de Matamore, ou tueur de Maures. Dès lors, les pèlerins, d'abord ibères, puis européens, affluent à Saint-Jacques. L'un des premiers étrangers est Godescalc, évêque du Puy-en-Velay, parti de cette bonne ville en 951. C'est lui qui inaugure la via Pod(i)ensis, qui part du Puy.

Trois autres routes (Via Tolosana, via Lemovicensis et via Turonensis) vont s'établir à travers la France. Vous les voyez sur la carte, et vous constatez aussi qu'elles se regroupent, soit à Roncevaux avant le passage des Pyrénées, soit à Puenta la Reina après la traversée, et qu'elles suivent à partir de là un trajet commun jusqu'à Saint-Jacques. Celle qui nous intéresse ici est la Via Pod(i)ensis (consultez la carte), qui traverse l'Aubrac entre le Puy et Conques, et passe ainsi à travers quelques uns des plus beaux villages qui sont présentés sur ce site. L'itinéraire le plus précis, celui du GR 65,  passe en effet par Le Puy-enVelay, Saint-Christophe sur Dolaizon, Montbonnet, Saint-Privat d'Allier, Monistrol d'Allier, Saugues, Chanaleilles, Saint-Alban sur Limagnole, Aumont-Aubrac, Rieutort d'Aubrac, Nasbinals, l'Aubrac, Aubrac, Saint-Chély d'Aubrac, Saint-Côme d'Olt, Espalion, Estaing, Golinhac, Espeyrac et enfin Conques.

Patrimoine mondialLes chemins de Saint-Jacques de Compostelle ont été inscrits au patrimoine mondial par l'UNESCO. A ce titre, de nombreux sites présentés sur ces pages sont protégés. Respectez-les. Ils sont rythmés par des croix de chemin, que vous apprendrez à reconnaître. Je vous en présente quelques-unes, de la plus sophistiquée à la plus simple en passant par la plus belle...

Je vous en dirai pas beaucoup plus, car ce n'est pas l'objet du site : sachez simplement que les jacquets, ou jacquaires, furent chaque année des centaines de milliers à prendre la route de Saint-Jacques, de l'an mil jusqu'aux XIVème et XVème siècles. On les identifiait facilement à leur bourdon (le bâton), et, à leur retour, au fait qu'ils portaient sur leurs vêtements la coquille qu'ils avaient ramassée à Saint-Jacques. Lorsque, sur l'Aubrac, vous entrez dans un bâtiment ancien, vous avez toutes les chances de trouver une coquille quelque part : vous êtes sur le chemin de Saint-Jacques. Entrez dans l'église de Verlac, pour ouvrir la porte, vous appuierez sur une coquille, et dans l'église, vous trouverez Saint-Jacques...  

Pour en savoir plus sur le pèlerinage, et notamment pour essayer de le suivre vous-même, je vous conseille d'aller visiter le site de Jean-Baptiste.

"Pour moi, le pèlerin, quel qu'il soit, est toujours un chercheur. 
Le chercheur d'une vie plus humaine (c'est le dénominateur le plus commun), un chercheur de sens, un chercheur d'étoiles, un chercheur de Dieu (parfois, sans le savoir) qui, pour trouver sa part de vérité, prend des risques dans une époque où l'on fait tout pour nous protéger, nous garantir, jusqu'à l'asphyxie. marche à contresens, démarche absolue, comment voulez-vous que ce soit toujours bien compris ? 
Les pèlerins, je vais vous dire que je les reconnais au premier coup d'œil, dans la rue, sans sac, bourdon ou insigne, changés, douchés, propres comme des touristes. Je sais que ce ne sont pas des touristes, ni des randonneurs, mais des pèlerins. Je les reconnais, oui. 
Dans l'église, samedi dernier, il y en avait trois. Je les ai découverts dans la foule, rien qu'aux regards. Les pèlerins ont le regard qui irradie. C'est incontestable. D'autres vous le diront. Non pas le regard brûlé par le soleil ou la fatigue, non, un regard d'ailleurs. Ils irradient. 
Pourquoi ? 
Alors là… Sans doute ont-ils en eux une petite étoile. Parce que quelqu'un qui marche comme le pèlerin possède forcément en lui quelques rayons de l'étoile qu'il est en train de chercher. Et c'est cette parcelle d'étoile qui brille dans leurs yeux."

Jean-Claude Bourlès - Passants de Compostelle
Voyageurs Payot - pp 97-98
(Propos du Père Sébastien Ihidoy, curé de Navarrenx)
cité par Jean-Baptiste Cilio dans sa liste Textes

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