Le conte des enfants perdus dans la forêt

Une fois, il y avait deux vieux, un père et une mère, qui avaient deux enfants.  La fillette était assez grande et le garçonnet était plus petit.  Et ils n'avaient rien à leur donner.  Que faire ? Alors, il décidèrent d'aller les perdre dans un bois. Ils les prennent tous les deux et les menèrent, là-bas, dans un bois, bien loin.  Mais la fillette avait fait suivre des coquilles de noix et à chaque fois elle en laissait tomber une, pour savoir le chemin.  Alors, quand les parents les eurent quittés, la fillette dit :
- Oh, mais n'aie pas peur, nous nous retrouverons bien, parce que j'ai laissé tomber les coquilles et nous n'aurons qu'à les suivre pour revenir à la maison.
Alors ils les suivirent là, et tout à coup, ils trouvèrent la maison.

- Eh bien ! dit l'homme à sa femme, je crois bien que si nous avions nos deux enfants, là, nous aurions un peu de soupe à leur donner aujourd'hui.
- Tiens, nous sommes ici, disent-ils.
- Eh bien ! entrez vite, qu'on vous donne un peu de soupe pour manger!
Ils entrèrent et ils les gardèrent trois ou quatre jours là. Et tout à coup ils n'eurent plus rien à leur donner.  Alors, ils firent un gâteau de cendres, avec de la pâte et des cendres mêlées, ils firent un gâteau et ils le prirent.  Quand ils furent dans un bois - ils les menèrent bien loin - ils leur donnent ce gâteau de cendres et ils leur dirent comme ça :
- Restez ici ! Nous viendrons vous chercher dans un moment !

Et ils mangèrent leur gâteau de cendres.  Mais quand ils l'eurent mangé, ils ne virent rien venir.  Alors ils essayèrent bien de voir s'ils trouvaient le chemin mais ils ne purent le trouver.  Tout à coup, ils virent un arbre qui était plus grand que les autres, qui était plus haut.  Alors la fille dit :
- Si tu montais à cet arbre, tu monterais tout à fait en haut et tu verrais peut-être notre maison...
Alors il y monta, et quand il fut monté un peu haut il se fatiguait -, et chaque fois la fillette lui disait :
- Monte une branche plus haut, tu verras peut-être ce qu'il y a.
Et chaque fois il montait une branche de plus.  Mais l'arbre était tellement haut... Alors quand il fut à la cime, il lui dit :
- Je vois une maison rouge et une maison blanche.
- Eh bien, jette ton chapeau à la plus belle.
Et il le jeta à la rouge; et quand il fut descendu de l'arbre, ils se dirigèrent de ce côté-là, et ils allèrent à la maison, pardi.

Il y avait un homme et une femme là... ça se trouva être la maison de l'ogre (1). Alors ils dirent :
- Attends un peu, la fillette on va la prendre comme servante, pour arranger la maison par là, pour faire la vaisselle.  Le garçonnet, nous le mettrons à la porcherie, nous l'engraisserons et quand il sera gras, nous le tuerons et nous le mangerons.
La fillette balayait la maison chaque jour.  Et l'ogre allait voir tous les jours si ce porc était assez gras.  Alors le garçonnet lui montrait le petit doigt.
- Oh ! lui disait-il, tu n'es pas encore assez gras.  Il te faut engraisser un peu plus encore, tu n'en as pas assez.

Et tout à coup, un jour la fillette en balayant la maison trouva la queue d'un rat.  Et elle dit à son petit frère :
- Quand l'ogre viendra te voir, qu'il te demandera si tu es gras, au lieu de lui montrer le petit doigt tu lui montreras la queue de rat.
Chaque fois, il allait à sa poche et il lui disait - tiens et il lui montrait la queue du rat.
- Oh! faisait l'ogre, encore tu n'es pas assez gras; il te faut engraisser un peu plus; encore tu n'en as pas assez.
Alors, tout à coup, un jour, il perdit la queue de rat; il la chercha mais il ne put pas la trouver.  Et alors il dit à sa soeur :
- Comment vais-je faire ? J'ai perdu la queue de rat.
Et sa soeur lui dit :
- Eh bien, montre-lui le petit doigt.
Et lui, il montre le petit doigt.  Alors l'ogre lui dit
- Oh ! tu es assez gras, maintenant nous pouvons te tuer, maintenant tu en as assez, je vais aller à la ville et je porterai ce qu'il faut pour te saler, et nous te mettrons au saloir.

Et alors pendant que l'ogre était à la ville, la fillette ouvrit la porte au garçonnet et dit :
- Viens vite nous allons nous sauver pendant qu'il n'est pas là.
lis s'approchent de la vieille, ils attrapent un couteau, ils lui coupent la tête, ils la mettent dans le lit et ils la couvrent là, et la tête... il n'y avait que la tête qu'on voyait.  Alors ils prennent le cheval, et l'or et l'argent, tout ce qu'ils trouvèrent, ils chargèrent les charrettes et ils se sauvèrerit.
Et l'ogre, quand il arriva, bien vite... il ne vit aucun cheval, à l'étable, il va à la chambre, il voit la femme au lit, il lui dit :
- Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Et il l'attrape par les cheveux, pouff ! la tête rebondit là-bas dans la maison.  Bouh ! Il était inquiet, il courut à la porcherie, il ne vit pas, de garçonnet, le porc avait fichu le camp. Alors bien vite, il alla voir s'il avait son argent.  Rien ! On lui avait pris l'or et l'argent : il n'y avait plus rien.  Et il part à leur poursuite.

Tout à coup, il trouva un bouvier et il lui dit :
Vous n'avez pas vu passer
mon Jean et ma Jeannette,
mon char et ma charrette,
mon cheval rouge, mon cheval blanc,
mon or et mon argent ?

- Que dites-vous, Monsieur ? Mon aiguillon est tordu ?
- Mais non ! Mais je vous dis pas ça !
Vous n'avez pas vu passer
mon Jean et ma Jeannette,
mon char et ma charrette,
mon cheval rouge, mon cheval blanc,
mon or et mon argent ?

- Que dites-vous, Monsieur ? Je ne tire pas droit ?
- Vous ne comprenez pas.
Et il se sauva.  Tout à coup il trouva un charretier, là, et il lui dit
Vous n'avez pas vu passer
mon char et ma charrette,
mon Jean et ma Jeannette,
mon cheval rouge, mon cheval blanc,
mon or et mon argent ?

- Que dites-vous, Monsieur?  Mon fouet ne claque pas bien ?
- Mais non ! Mais je ne vous dis pas ça
Et vous l'avez pas vu passer
mon char et ma charrette,
mon Jean et ma Jeannette,
mon cheval rouge, mon cheval blanc,,
mon or et mon argent ?

- Que dites-vous, Monsieur ? Mon cheval ne tire pas comme il faut?
- Oh ! je vous dis pas ça.
Et alors il se sauva.  Tout à coup, un peu plus loin, il trouva des lavandières, là, qui lavaient le linge, et il leur dit :
Vous n'avez pas vu passer
mon Jean et ma Jeannette,
mon char et ma charrette,
mon cheval rouge, mon cheval blanc,
mon or et mon argent ?

- Oh si Monsieur nous l'avons vu, il est passé... Ils viennent de passer là.  Et vous savez qu'ils filaient.
- Et comment je pourrais faire pour les rattraper ?
- Eh bien il vous faut tomber le ventre, vous êtes trop ventru.  Prenez le couteau, et fichez-moi ça dans la rivière; et vous verrez que vous les aurez vite attrapés, ils ne sont que de l'autre côté de la pente, là.
Celui-là, attrape bien vite le couteau, il sort le ventre et il le jette au milieu de la rivière... Mais il ne put aller plus loin !

Et alors les enfants marchèrent et ils retrouvèrent leur maison.  Les parents quand ils les virent arriver, ils leur dirent :
- Où avez-vous trouvé tout ça, mes enfants ? Eh bien vous, vous allez nous mettre à notre aise.
Et de l'argent et de l'or et des chevaux et tout ce qu'il faut.  Ils furent un peu contents quand ils arrivèrent et ils mangèrent assez; et il y avait de la soupe sur la table et tout ce qu'il faut.  Ils furent fiers.  Et voilà !
 
 

Conté par M. Ernest Saint-Léger, Chancelades, commune d'Aumont-Aubrac, Lozère, le 15 juillet 1965.

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1. Le conteur en se remémorant le récit, avait dit : diable, mais une de ses filles lui souffla le mot : ogre.

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Les illustrations de cette page : © Isabelle Hartmann