Le conte des pères d'Aubrac

Une vieille avec son enfant habitait ici à Saint-Urcize.  Il n'y avait pas beaucoup de maisons à ce moment-là.  Et il y avait les Pères d'Aubrac là-haut dans ces bois, les bois d'Aubrac sont beaux.  Et dans ce temps il neigeait, il faisait du mauvais temps, et il n'y avait pratiquement rien pour pouvoir changer de place, quelque âne, des hommes avec des petites bottes de rien du tout (1), péchaire, pour aller dans les foires d'un côté et de l'autre.  Enfin il y avait cette vieille qui avait une vache, avec son enfant, et ils n'étaient pas bien riches.

Tout d'un coup ils se dirent : nous autres, notre vache se fait un peu vieille, il nous faudra la vendre, si nous trouvons quelqu'âne, nous l'achèterons, cela nous changera, que faire ? Nous ferons bien nos affaires, après quand nous aurons gagné un peu d'argent, nous le mènerons de ci de là, il nous gagnera bien quelques sous pour pouvoir acheter une autre vache.  Enfin bon, voilà qu'il s'entendit avec sa mère pour aller vendre cette vache, et ils voulaient aller la vendre à Saint-Chély-d'Aubrac, il n'y avait que là qu'il y avait une foire.  Donc il fallait passer par les bois, et là-haut il y avait des Pères qui gardaient le monastère; ils avaient une cloche, ils la faisaient sonner l'hiver quand il neigeait et faisait de la tourmente, ils la sonnaient pour que ceux qui allaient aux foires d'un côté ou de l'autre, ne se perdent pas; il fallait qu'ils se déplacent pour aller chercher à manger, pour faire, enfin, leur peu de blé, par là, et ils allaient acheter cela là-bas, à Saint-Chély-d'Aubrac, où il y avait un peu de tout.  Et ça fait que, bon, il s'en va avec sa vache, et il s'en va là-haut dans les montagnes d'Aubrac, il les traverse, mais c'est qu'il faisait un temps, il n'y avait pas moyen, alors que faire ? Tout d'un coup il trouve deux Pères là qui étaient venus ramasser quelques brindilles, pour voir s'il n'y avait pas des gens perdus; les Pères, c'étaient des gens qui faisaient des voeux avec le Bon Dieu, c'était comme les curés, et le pauvre bougre qui allait mener sa vache à Saint-Chély d'Aubrac les trouve et ils lui disent
- Où allez-vous avec cet âne ?
Et il répond que ce n'est pas un âne, mais que c'est une vache.  Les Pères connaissaient les ânes mais ne connaissaient pas les vaches, comme il menait cette vache avec une corde, c'est peut-être pour ça que les moines pensaient que c'était un âne (2).
- Ce n'est pas un âne, c'est une vache.
- Ah ! eh bé parions que ce n'est pas une vache et que c'est un âne.
- D'accord, on parie.
- Eh bien, la première personne que nous trouverons, si elle dit que c'est un âne, vous aurez perdu la vache.
- Ah bé, j'aurai perdu la vache.

Il s'est entêté lui autant que les moines.  Ils s'étaient mis d'accord pour dire que si les premiers qu'ils rencontraient leur disaient que c'était un âne, pardi, il perdait la vache, il donnait l'âne.  Ça fait qu'en effet ils arrivent au monastère, eux les Pères savaient où étaient le monastère, ils ont l'habitude, ces gens, et même ils ne craignaient pas la neige.  Ils le prennent avec la vache, et ils le conduisent au monastère.  Et là, ma foi, il se trouvait un vieux qu'il y avait... ils recueillaient les pauvres gens, il y en a qui, péchaire, y restaient, ils les priaient de les garder pour la soupe et donc ils y restaient.  Alors celui-là :
- Où allez-vous avec cet âne?  Vous avez trouvé un bel âne.
- Ah
Voilà que le pauvre jeune homme avait perdu sa vache.  Elle est restée, la vache, au monastère, ils l'avaient prise pour un âne, alors vous comprenez que ça n'allait plus.
Allons bon!

Mais comme il faisait nuit, ils l'ont fait souper, ils lui ont dit de coucher, et ils ont mis la vache à l'écurie, Pour eux, ils disaient que c'était un âne.  Bon, ça va bien.  Et le vieux - il y avait le Père Supérieur - dit que ce jeune homme ne pouvait pas reposer tout seul, que c'était encore comme un grand gamin et qu'il fallait le faire coucher dans sa chambre.  Donc, bon, ils le mettent là dans sa chambre.  Alors il lui dit :
- Vous avez, il parait, mené un bel âne.
- Je vous ai dit que j'avais amené une vache, les autres ont appelé ça un âne.
- Ah bé, le Père fermier, il m'a dit que vous avez mené un bel âne.
- Eh bé, allons-y pour l'âne.  Je vais me coucher.
Le vieux s'endort.  Et lui il se lève et il avait vu où on mettait à dormir les Pères, ceux qui lui avaient dit que c'était un âne.  Et, vous comprenez, lui, il se lève et il ferme la porte, il y avait les clefs sur les portes, lui il ferme la porte de ces moines, et il s'en va vers le vieux et il lui dit:
- Vous savez, vous me la paierez la vachette tachetée.
Parce qu'elle était tachetée, blanche et noire, toutes les couleurs.  L'autre lui dit :
- Mais je n'ai pas acheté de vache tachetée, j'ai acheté un âne, on m'a dit que c'était un âne.
- Si on te l'a dit, c'est que tu l'avais commandé, ou comme ça.  Vous cherchez à faire des histoires aux gens.  Moi, c'est une vache, et je veux que tu me la paies.  Je l'ai menée à la foire.  En me disant que c'est un âne, vous me la faites perdre.  Et tu me la paieras la vachette tachetée.

Et le pauvre Père se lève et c'était un vieux, péchaire, il avait peut-être 80 ans, comme moi. Il se lève et il va chercher de l'argent et il lui donne 500 F et il lui dit : Voilà.  A ce moment-là 500 F c'était beaucoup.  Vous savez que le temps dont je vous parle c'était pas tout à fait d'avant Jésus-Christ, mais presque. (Elle rit).  Donc, vous comprenez, il n'alla pas ouvrir aux autres, ils se réveillèrent bien quand le vieux put marcher, car il lui avait flanqué une bonne raclée, pour se faire payer la vachette tachetée, au pauvre vieux.
- Tu me la paieras !
Et il lui fichait des coups de poing, et tout ça, et le pauvre vieux :
- Hou, hou, je te la paierai.
Et il la lui paya.  Il lui donna 500 F. L'autre, content, s'en va avec ses 500 F et il se dit : je reviendrai te voir, maintenant je connais le chemin, qu'il se dit, lui tout seul.  Bon.  Il s'en va, il arrive à la maison.

- Tu as vendu la vache ?
- Ah oui, même j'en ai fait un bon peu d'argent, mais on n'a pas fini de me la payer, je dois y aller un de ces jours, un jour que j'aurai le temps peut-être que j'y reviendrai.
Sa mère lui dit comme ça
- C'est bien drôle qu'on ne te l'ait pas payée, tout d'un coup.
- Oh non, ils n'avaient pas de monnaie, mon dieu, ce sont des braves gens, ce sont les Pères là-bas, ces Pères d'Aubrac au monastère, nous ne risquons rien de perdre.

Bon, la vieille contente d'avec ses 500 F dit
- Il y en aurait pour acheter une autre vache et même du blé et même de tout.

Mais enfin ils dirent qu'ils attendraient un peu plus pour faire ce marché, quand il ferait beau temps.  Ils iraient à St-Chély-d'Aubrac, pour se munir des victuailles qu'il leur faudrait.  Bon.

Un jour qu'il faisait un peu soleil, il se dit : il me faut y aller.  Il dit à sa mère :
- Écoute, je vais repartir, peut-être que je ne reviendrai pas de deux ou trois jours, je ne sais pas; peut-être que je reviendrai demain, je ne sais pas.  Mais ne te fais pas de bile, je ne me perdrai pas, je connais bien le chemin.
Bon.  Alors le voilà parti pour y revenir.  Et alors la neige était un peu partie et il y avait des petits endroits avec de l'herbe dans le bois, alors ces gens, ces pères ramassaient du thé (3), du vieux thé, pardi, c'était... dans la neige il ne s'était pas bien conservé, mais enfin, ça ne fait rien, ils ramassaient les broches pour les faire infuser, pour faire de la chartreuse.  Bon, il trouve ces messieurs, lui il s'était habillé en fille, il avait mis une robe de sa mère, un caraco, et un de ses petits chapeaux, il s'était déguisé comme une fille, il avait pris ce qu'il y avait de plus beau à sa mère dans la garde-robe, c'est que sa mère était jeune dans le temps et elle avait de belles robes de soie, vous savez, comme on en portait dans le temps avec des châles et des franges.  Alors lui s'était transformé, c'était une fille, et même il s'était bien rasé, il n'avait pas laissé de moustache ni rien, il s'était mis de.... il s'était bourré un peu (4) et fardé un peu le museau.  Alors bon, on le prenait pour une jolie fille.  Donc il trouve ces Pères, il fit celle qui est perdue, alors ces moines :
- Tiens, une demoiselle qui est perdue - Ah oui, je voudrais aller, il lui dit, tout près de Saint-Chély-d'Aubrac, mais je ne connais pas le chemin, et...

Mais ils dirent:
- C'est trop tard pour aller à Saint-Chély-d'Aubrac, et puis vous savez il y a des méchantes gens dans le bois, il y a des brigands, il ne faudrait pas... Écoutez demain on vous mettra sur le chemin, vous allez coucher au monastère.
Parce que c'était un endroit où on gardait les gens, quand ils se perdaient, pour les mettre le lendemain sur le chemin, il n'y avait pas de voitures à ce moment-là, il n'y avait que des ânes, ou des juments, quelque mauvaise jument par là, ou à pied, comme on pouvait.  Alors bon.
Alors cette demoiselle - c'était un jeune homme -, elle faisait la voix fine, tout ça, et donc bon.  Le Père, le vieux, était malade, il lui avait donné tellement de coups, il était resté au lit depuis, on ne pouvait plus le lever, et ils le soignaient comme ils pouvaient au lit.  Et alors Ils lui mènent cette jeune fille, et il s' lui disent : il faut la faire coucher.  Et ils ne voulaient la faire coucher dans aucune chambre, ils avaient préparé une petite chambre propre et tout, l'ornement, complet, pour mettre la demoiselle.  Mais c'est que le Père, le vieux dit que non, qu'il n'avait pas confiance dans ses frères, lui il ne pouvait plus se lever pour voir s'ils fermaient la porte, tout ça, vous comprenez, il dit qu'il fallait qu'elle couche dans sa chambre; alors ils montèrent le lit dans la chambre du pauvre vieux, du Supérieur pardi, et quand ils eurent monté le lit, ils la firent bien souper, et elle, pardi, demanda le lit parce qu'elle était bien fatiguée, elle s'était bien fatiguée pour monter jusqu'au bois là-haut, vous savez que de Saint-Urcize à là-bas, au milieu de je ne sais pas où, du bois d'Aubrac, c'est loin.  Bon (je savais le nom du bois, mais maintenant je ne m'en souviens plus, tant pis.  Quelqu'un s'en souviendra bien).  Alors bon.  Ils mettent la fille au lit, ils lui disent d'aller se coucher, ils avaient mis une espèce de paravent, les moines, pour ne pas que le Père la vit se dépouiller de tout ça, vous pensez bien et la pauvre jeune fille quitta les robes, tout ce qu'il fallait, peut-être qu'elle ne se déshabilla pas tout à fait, elle avait gardé les pantalons avec un bâton dedans, avec un drellier s'il te plaît, c'était pas une petite chose, et donc, quand ils furent endormis, il refit la même chose, il alla, il ouvrit la porte, il connaissait les endroits, il s'était bien repéré la première fois, et il ferma à nouveau les Pères.  Mais cette fois-ci quand il attaqua le vieux, il lui en faisait voir, et le pauvre vieux criait au secours, et eux les Pères qui étaient fermés là-bas dedans cherchaient bien à ouvrir, et ils disaient : Oh, c'est égal, lui le Père danse avec la demoiselle, vous voyez s'ils rient, s'ils sont contents, s'ils crient, c'est égal ! Vous pensez bien l'autre criait parce qu'il lui fichait des coups de barre et c'était le Père qui faisait : ouï, ouï, qui criait et qui chantait, oh, par exemple ! Les Pères disaient : Ouvre la porte, moi je suis fermé dedans.  Parce que toutes les fenêtres du monastère étaient à barreaux, il y avait des grilles, lis ne pouvaient pas sortir par les grilles et ils se criaient l'un à l'autre : Tu es enfermé ? Tous se trouvaient fermés; ils ne pouvaient pas ouvrir; parce qu'ils seraient allés les faire taire, en croyant qu'ils dansaient.  Mais c'est que... voilà ! le pauvre vieux lui dit de prendre l'argent qui était à tel endroit et lui, il se paya, il en prit assez cette fois-là et il dit :

- Maintenant j'en ai assez, elle est payée ma vachette tachetée.  Ah, tu voulais pas la payer la vachette tachetée, tu penses, 500 F, ça valait pas le coup, mais tu me l'auras payée, la vachette tachetée.

Le matin, lui s'en va, quand il a eu trouvé la monnaie de 100 louis d'or, il s'en va à la maison, il laisse tout fermé comme ça et le matin le Père fermier ne voyant descendre personne : Tiens, comment ça se fait?  Il remonte là-haut à la chambre des moines, pardi, il va, il dit : mais tous sont fermés dedans, et ils criaient :
- Ouvrez-nous, ouvrez-nous, nous ne vous ferons pas de mal, ouvrez-nous.

Et le Père fermier disait
- Je ne pense pas que vous vouliez me faire du mal, mais qui vous a enfermés ? Qui vous a enfermés ?
Alors ils dirent qu'ils avaient pris, trouvé une jeune fille, tout ça.
- Ah, eh bé, le Père a voulu l'enfermer chez lui ? eh bé... mais elle lui a fichu... eh bé tant pis.
Alors bon, ils vont voir le Père : à moitié étouffé, tellement il avait reçu de coups de barre, moitié tué, à peine s'il pouvait plus causer ! Alors, vous comprenez que (elle rit) ça n'allait plus, il leur dit :
- Vous savez, vous la prendrez cette vache et vous irez la mener à cet homme, pour qu'il ne revienne plus. (Il risquait pas qu'il revienne, ils l'avaient bien payée).

Ils allèrent la lui mener.  Ils trouvèrent bien le chemin, ils suivirent ses pas et ils vont la lui mener.  Oh, il allait se coucher avec sa mère, il était tard, ils avaient veillé, ils étaient contents parce qu'ils avaient de l'argent, tant pis ils iraient acheter une autre vache quand il y aura la foire, mais tout d'un coup ils entendirent frapper à la porte :

- Qu'est-ce que c'est ?
- Ouvrez-nous, font-ils, ces hommes.  Nous vous amenons la vache, la vachette tachetée.

- Ah té, ce n'est plus un âne ? Elle est revenue la vachette.

Et la vachette partit toute seulette à l'étable; elle alla à sa place et on n'eut qu'à l'attacher, pas plus.  Mais c'est que ces moines voulaient partir, mais lui il leur dit : - Moi, j'ai mangé, et j'ai couché chez vous, et vous, vous mangerez et vous coucherez chez moi.  Vous ne pouvez pas partir avec le temps qui s'annonce, qui se lève comme ça.

- Ah, mais nous, nous ne voulons pas rester, mais nous connaissons le chemin.  Non, non, merci; nous ne voulons pas rester.
- Vous mangerez et vous resterez.  Je ne vous laisserai pas partir.
- Ah !

Eh bé, ils furent bien obligés d'écouter ce que... ils en avaient peur, ils avaient vu qu'il avait bien amadoué le Supérieur alors, qu'il en était malade au lit.  Et donc lui et sa mère leur firent le dîner; un aligot, ils firent de tout, il les soigna, des saucisses, du jambon enfin tout ce qu'ils avaient dans la maison et il leur paya un bon coup à boire, il pouvait le faire, car il s'était bien approvisionné avec l'argent du pauvre Père, Tant pis pour lui.  Et ces hommes, pardi, il les fit bien souper, et même il s'était un peu déboutonné puisqu'il avait acheté du tabac, il leur fit l'offre de faire une cigarette, dans le temps ça ne se faisait pas, c'étaient que les gros qui avaient du tabac à la poche, ah oui, lui il fit le gros, ils l'avaient assez payée, la vache.  Il leur dit :

- Pour une fois, je ne vous paie pas des cigares, mais dites, vous ferez une cigarette.
- Nous ne fumons pas, nous autres, nous ne fumons pas.
- Ah, vous ne fumez pas ? Vous me l'aviez bien fumée, ma petite vache.  Eh bien vous fumerez.
Et il a fallu qu'ils la roulent, ils ne savaient pas bien la rouler, mais il leur dit :
- Ça ne fait rien, même si vous la faisiez comme un atteladou (5) vous la ferez quand même et vous la fumerez.

Alors bon.  Les pauvres Pères, vous savez qu'ils en avaient peur, ils firent comme ils purent; ça les avait un peu saoulés.  Alors bon, il leur dit d'aller se coucher, il avait préparé une chambre, avec un lit bien doux et tout, et il leur dit :

- Maintenant, vous allez vous coucher.
Il leur avait mis le moine (6) - Vous avez vu le moine là-bas, pendu ? (7) - eh ben, il leur avait mis le moine au lit pour qu'ils se chauffent, et tout, et lui alla le leur sortir, il leur dit :
- Vous allez avoir le lit bien chaud, allez vous coucher, mais surtout je vous recommande de ne pas faire au lit (elle rit) parce que si jamais vous faites au lit, vous aurez de mes nouvelles,

Alors, mais vous savez que... l'un dit à l'autre
- Mon dieu, tu vois pas que ça nous ait donné la colique? ce qu'il nous a donné, il n'aurait pas fallu... il ne faudrait pas qu'il y ait mis quelque chose pour nous donner la colique...             i
Enfin ces pauvres malheureux y tinrent le doigt toute la nuit. (Elle rit) (8).  Alors bon, ils étaient fatigués, quand même ça faisait deux ou trois jours qu'ils ne dormaient pas, ils étaient fatigués, ils allèrent se coucher, et ils y avaient tenu le doigt toute la nuit, mais ça ne fait rien, lui il leur fit une crème renversée, il l'avait un peu colorée avec de la chicorée, et il monte en haut alors qu'ils dormaient, ils ronflaient comme des sonneurs, et il va leur mettre ça entre eux deux, parce qu'ils se tournaient le derrière l'un l'autre.  Alors, vous comprenez, il dispose ça, ils ne s'en rendirent pas compte parce que c'était plat, les pauvres gens, ils dormaient.  Quand ils se réveillent: Ah ! ils se sentent mouillés alors, pensez, ils disent :
- Qui sait ? Tu as fait au lit, se disent-ils l'un à l'autre.
- Ce n'est pas moi, l'ai tenu le doigt toute la nuit.
- Ni moi, puisque j'ai tenu le mien.

Tous les deux ils avaient tenu le doigt.  Alors il les entend et dit :

- Qu'est-ce qu'il y a là-haut ? Vous vous disputez ?  Qu'est-ce qu'il y a ?
- Oh, oh, nous sommes bien malheureux.  C'est pas moi parce que j'y ai tenu...
- Ni moi...
Enfin.

- Ah, vous avez fait au lit ! Eh bé, petits, eh bé, je vais vous laisser pour vous les faire laver.
Et les pauvres Pères, vous savez que, encore enfin, il a fallu qu'ils fassent le lavage des draps, et puis lui il
dit :

- Demain encore, j'aurai le mai de les faire sécher, heureusement que je ne vous garde pas pour les faire sécher.

Et alors ils sont partis, pardi, et lui il a eu la vache et tout ça et l'argent.  La mère en colère :
- Tu as fait ça à ces hommes, mais le Bon Dieu te punira, mais tu iras en Enfer, tu es un démon, tu es un diable, mais le diable te prendra au fond de l'Enfer sur sa fourche et quand même, que j'aie mis au monde un enfant comme toi, mais tu es un voleur, voler ces gens... - Mais eux ils voulaient me voler les premiers, alors moi je ne suis pas un voleur, ce sont eux qui commençaient à me voler, eux m'ont montré, je n'ai fait que ce qu'ils m'ont fait voir, ils m'ont volé la vache, en me disant que c'était un âne, eh bé, maintenant qu'ils m'ont volé la vache, je la leur ai fait payer et même si je la leur ai fait payer deux fois, je ne les vole pas, parce qu'ils m'ont appris à voler.

Voilà, Et le conte est passé par un pré mouillé, et il s'est noyé.

Conté par Mme Maria Girbal, Saint-Urcize, Cantal, le 26 octobre 1964.

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1. La conteuse emploie le mot traso, substantif féminin, à la légère nuance péjorative, dont l'usage est fréquent en occitan, mais qui est saris équivalent direct en français.

2. La conteuse ne voulant pas encore dévoiler la duplicité des Pères, fait mine d'avancer une autre explication.

3. Imp.  NAUTON, ALMC, 1, en bas des cartes 135-136 : thé; ce mot s'applique à des plantes diverses, utilisées en infusions.
Le thé d'Aubrac, relevé à Marchastel et à Espalion : calamentha grandiflora.

4. La conteuse montre qu'il s'était fait de la poitrine.

5. Imp.  NAUTON, ALMC, 11, c. 821 : - L'atteloire est une longue cheville amovible, dont la tête forme protubérance.  On l'enfonce dans un trou pratiqué dans le timon, à J'avant de l'anneau antérieur, lequel bute sur elle quand l'attelage avance... [dans notre région] elle est quadrangulaire et en bois dur -.

6. Imp.  NAUTON, ALMC, 11, c. 749 La bassinoire était le chauffe-lit des riches... Le moine était le chauffe-lit des pauvres (suit la description).

7. La conteuse s'adresse à Marie-Louise Tenèze à qui elle a montré cet ustensile dans sa maison.

8. Et, s'adressant à sa nièce : « Si tu me fais rire comme ça, je ne pourrai pas le dire ».

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Les illustrations de cette page : © Isabelle Hartmann