Le conte de Planpounit

Alors mes enfants je vais vous raconter l'histoire (1), eh, l'histoire de Planpounit.

Et Christine pétrissait le pain...Un jour, il y avait, là-bas à Courbières, Jean Rion, et il y avait Christine, sa femme, et ils avaient des poules.  Ils avaient le pétrin dans le postodou (2), et vous savez bien qu'il n'y a pas de fenêtre dans le postodou de Jean Rion; la pauvre Christine pétrissait le pain et toujours ces poules venaient pour manger cette pâte.

- Ah ! J'ai beau vouloir les disperser, mais j'ai les mains pleines de pâte !

Elle était ennuyée.  Tout à coup, elle se mit à dire :
- Oh ! Mon Dieu, si le Bon Dieu m'envoyait un petit enfant, moi qui n'en ai pas aucun, s'il n'était même que comme le poing fermé je le prendrais, et je lui donnerais un petit fouet et il me chasserait ces poules, oh ! elles me mangent toute la pâte.

Enfin ! Tout à coup - la pauvre Christine était là qui pétrissait et qui en mettait -, et tout à coup il y a un petit enfant qui sort, grand comme Plan Pounit (3), comme un poing fermé, pas plus, pas plus, pas plus gros.  Et il lui dit :
- Je suis là, maman.

Et Christine fit un fouet avec une ficelle et le donna à Planpounit...Et alors la Christine fit vite un fouet avec un bâtonnet et une ficelle et elle lui donne ça, et :
- Chasse-moi ces poules, que je ne peux pas... je ne peux pas les chasser des paillassons.

Ah alors, Planpounit s'y met, là, et même il les chasse ces poules.  Et la Christine, quand ses tourtes furent faites, alla les porter au four, pour les faire cuire, chez le boulanger.  Après, quand elle revint, elle lui dit :

- Eh bien, mon Planpounit, tu es bien brave, mais j'ai encore une course à te faire faire.
- Eh bien, que veux-tu me faire faire, maman ?
- Mais, je veux aller te faire porter la soupe à ton père qui est là, au champ de Courbières, en train de labourer le champ pour semer les pommes de terre.

Alors il y va; il avait déjà mis des choux, oh, il y avait un beau champ de choux, et il se met à pleuvoir.  Et le père lui crie bien vite :
- Viens Planpounit, je te mettrai sous le sali (4).

Non, dit Planpounit : Les feuilles de choux sont assez grosses, je vais me cacher dessous...Planpounit lui dit :
- Non, les feuilles de choux sont assez grosses, je vais m'y cacher dessous.

Et il se met là; le pauvre père avait détaché ses boeufs, et les boeufs allèrent au champ de choux et ils avalèrent Planpounit.  Alors mon pauvre Planpounit, hé. :1 était dans le ventre du boeuf Moruel et il n'y avait pas moyen de sortir de là ! Et le père qui criait :
- Où es-tu Planpounit, où es-tu Planpounit ?
Et Planpounit :
- Dans le ventre du boeuf Moruel papa.

Alors le pauvre homme dit :
- Eh bien, pour une fois que nous avions un Planpounit, et maintenant le boeuf me l'a mangé ! Et il faut que j'aille le mener au boucher pour le tuer, on ne peut pas laisser cet enfant là-dedans : il mourrait ! Et nous qui n'avons pas d'enfant, et que le Bon Dieu nous a donné celui-là, mon Dieu, quelle affaire ! Enfin ! Il faut prendre ce boeuf, tant pis, je vais aller le mener au boucher.

Il le mène chez Roubier ici à Saint-Urcize et Roubier le tua.  Mais c'est qu'il n'y avait pas le ruisseau de Saint-Urcize, il était arrêté, il fallut aller au pont de Maurou pour aller faire nettoyer le ventre.  Et pardi, à cette époque il n'y avait pas de monde comme aujourd'hui oh non, ni des voitures, ni de tout ça, et la pauvre Marion comme on appelait celle qui nettoyait les ventres - ce n'était pas la Trone - elle s'appelait Marion, c'était une pauvre petite vieille comme moi, et elle portait la panière avec ses tripes sur la tête.  Et - va te faire fiche - toujours ce Planpounit dans le ventre, dans les tripes pardi, il était dans les tripes - et il se mit à dire - Trotte, petite vieille, trotte, petite vieille !
La petite vieille qui ne savait pas ce qui se passait - Qu'est-ce c'est qui crie sur ma tête ?
Elle prend la panière et elle la met là et elle se sauve.  Mais c'est que quand elle fut là-haut, qu'elle vint dire au pauvre Jean Rion:
- Je ne sais pas ce que vous avez dans ces tripes, mais ça me crie toujours - trotte petite vieille, trotte petite vieille - ah ! mais moi je ne sais pas, vous les avez là-bas les tripes, faites-en ce que vous voudrez.
C'est notre pauvre Planpounit : le loup l'aura mangé !- Mais c'est notre pauvre Planpounit, oh mon Dieu, courons-y vite : le loup l'aura mangé !
Et en effet, pendant ce temps, le loup passa par là et il mangea les tripes.  Et le pauvre Planpounit fut dans les tripes du loup, et dans le ventre.  Et des coups de tête, et des coups de pieds dans le ventre du loup ! Le loup, un mal de ventre fou ! Et il s'en va là-haut trouver le renard au Roc des Chaises - il logeait là le renard, que veux-tu -, c'était le médecin des loups et de tous ces animaux.  Alors il dit au renard :
- Je ne sais pas ce que j'ai, dit-il, j'ai mangé des tripes là-bas, près de Courbières, et nom de nom, ça saute dans le ventre, ça crie : gare, berger voici le loup, gare berger, voici le loup. Je ne peux manger aucune brebis, ni même rien; tous les bergers que je trouve, il y en a bien assez sur le chemin, il n'y a que ça, des moutons, j'en prendrais un en passant, mais c'est que hé : -gare berger, voici le loup, le berger rassemble ses brebis et moi je suis toujours là, ah, j'ai une drôle de faim, hé, et puis je ne sais pas, mais ça me grouille là-dedans, ça m'étouffe.
Alors bon.
- Eh bien, va-t-en là-haut au Roc des Chaises et tu forceras tant que tu pourras jusqu'à ce que tu aies tout fait sortir.
Et le loup, pardi, ça l'embêtait bien un peu, parce que, hé, ça lui faisait un peu mal au ventre, mais enfin, finalement, il fallut bien qu'il aille faire le remède, du renard, le médecin.  Et bon, quand il fut là-haut: force que forceras, force que forceras!  Proup!... tout s'en alla, le ventre et même les tripes, tout, et Planpounit dehors.  Celui-là alla s'épousseter un peu, il alla à la Fontaine des deux soeurs - ce n'est pas là, hé - et il alla se laver un peu parce qu'il n'était pas bien propre.

Et quand il fut sorti de là, qu'il s'était bien nettoyé, il s'en allait en sifflant, il trouve un petit lièvre; il dit :
- Ouh, mais, cette affaire ça me... je le porterais bien à la maison, ça ne remplacera pas le boeuf. mais enfin, mon père sera content que je lui porte un lièvre.
Enfin, il était leste Planpounit, comme tout, il court, il court et il saute sur le lièvre, et il le prend; et il s'en va.  En descendant les rochers, les rochers du Panouval (6), il trouve une petite jument avec un beau monsieur dessus, une petite jument blanche; ouh, qu'elle était leste cette jument ! Et cet homme lui dit :
- Bougre de toi, tu as bien une belle jument, là, toi, oh oui et même elle est petite.
- Elle est bien un peu petite, mais moi je ne suis pas bien grand.  Mais, dit-il encore, si petite soit-elle, elle est plus leste que la vôtre.
- Qu'est-ce que tu dis là, toi ? Plus leste que la mienne ? Eh bien je voudrais te faire voir ça, tiens.
- Oh, si vous voulez jouer avec moi, eh bien, la mienne fera trois tours pendant que la vôtre en fera un.
- Attends, eh bien, que jouons-nous ?
- La jument, les juments.
- Eh bien, c'est entendu.
Et ils font la pacho (7). Et alors mon Planpounit monte là; penses-tu, il fit six tours du temps que l'autre en faisait un ! Alors il gagna la partie.  Et bon.  Planpounit monte sur la jument blanche et il s'en va à la maison.  Et le bonhomme voulut monter sur le lièvre, mais c'est que le lièvre... lui était trop lourd, il aplatit le lièvre et il resta là.  Alors bon, il resta avec le lièvre là, mécontent comme tout.
- Qu'est ce que j'ai fait, mais cet enfant s'est joué de moi ! Enfin, que faire ? et où aller le chercher, je ne sais pas où il habite, je suis bien incapable de le trouver, eh bien tant pis, je me suis fait avoir, va-t-en à la maison.
Bon ! Mais Planpounit ne perdit pas de temps, il partit chez Jean Rion, à Courbières, et le soir il s'amène, il frappe à la porte; la Jean Rion était au lit avec Jean Rion, elle dit :
- Qu'est-ce que c'est?
- C'est Planpounit.
- Planpounit, notre enfant ?
- Oui ! Et je vous amène une jolie jument, pour remplacer le boeuf.

Ha ! quand le père ouvrit la porte et qu'il vit cette jument blanche :
- Tu l'as volée, brigand ? Je ne t'ai pas mis là pour aller voler les juments des gens !
- Je ne l'ai pas volée, mon père, je l'ai gagnée.
Et je racontai l'histoire à mon père, et mon père comprit que moi j'avais gagné la jument, et il me ficha la paix; et nous fûmes heureux comme des rois.

Conté par Mme Maria Girbal, Saint-Urcize, Cantal, le 20 juillet 1964.
 

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1 .Mots dits en français par la conteuse.
2. lmp.  ALIBERT, 1966, p. 530 : pastador, lieu où l'on pétrit.
3. Imp.  ALIBERT, 1966, p. 551 : planponh, poignée, main pleine.
4. Manteau des bergers, en poil.
5. Imp.  FORESTIER, 1900, p. 84 : - Moruel est noir comme le more.
6. Nom du communal de Saint-Urcize.
7. Irnp.  ALIBERT, 1966, p. 519 : pacha, f. pacha. m. : pacte, convention, marché.
 

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Les illustrations de cette page : © Isabelle Hartmann