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Le conte du sifflet |
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Une fois, il y avait un curé au bourg de... à Grandvals,
et il avait une servante un peu rêche, et ce curé avait une
vache - dans le temps les curés avaient des vaches - et, ma foi,
il en avait plus d'une, même, il en avait deux. Il avait un
berger pour les garder, parce que, lui, il avait des prés, des petits
prés, par là; mais il fallait les garder, parce que les murs
n'étaient pas hauts. Et ce pauvre berger... la servante du
curé s'appelait Nanette, cette Nanette était insupportable;
elle n'aimait pas beaucoup le berger; elle n'aimait pas les enfants, c'était
une vieille filhasse (1) cette Nanette. Et ce pauvre
berger gardait là-bas au fond des Riviérettes et elle lui
dit :
- Aujourd'hui on a des curés - c'était le jour de l'Adoration
perpétuelle - aujourd'hui nous avons des curés, et ils viendront
tous pour manger la soupe aujourd'hui ici. Il te faudra venir tourner
la broche, parce qu'on fera cuire aujourd'hui des poulets, de la volaille,
il faudra tourner la broche.
Bon ! Le berger dit
- Eh bien, à quelle heure il me faudra venir?
- Tu n'auras qu'à venir vers les dix heures.
Et on l'avait fait partir à 7 heures du matin, péchaire,
sans déjeuner, sans rien. Cette Nanette était insupportable,
elle le fit partir sans déjeuner. Et alors, donc, bon Le pauvre
berger dit :
- C'est égal, rien qu'un croûton de pain à la poche
que j'ai depuis hier soir !
Il était bien là en train de le mordre mais, bah il le
remet à la poche. Alors, tout à coup, s'amène
un pauvre vieux, là-bas au fond du pré; il voit venir cet
homme qui avait une grande barbe - à peu près comme le père
qui est à Saint-Urcize (2) - et :
- Qui sait qui arrive ? Je n'ai pas beaucoup de pain. Enfin,
tant pis, c'est bien vrai que je suis bien malheureux là; ce pauvre
curé ne voit pas que cette Nanette me fait dépérir,
mais enfin, il pourrait bien le voir quand même !
Mais, bon ! Voilà que ce vieux s'approche; c'était un
pauvre, péchaire : il avait une besace et il demandait du pain;
et ça fait qu'il dit
- Bonjour, petit.
- Bonjour, monsieur, que faites-vous ?
- Eh bien, je voudrais aller dans ce village : il y a quelques maisons
et peut-être on me donnerait quelque chose; je voudrais que tu me
fasses traverser cette eau.
Il y avait un ruisseau et il fallait traverser l'eau, il avait peur
de faire le tour par la route, là-bas, loin, qui était loin
encore. Bon ! Lui, il lui dit :
- Péchaire, je ne peux pas vous mener... vous faire traverser
l'eau, c'est impossible.
- J'ai une faim, si tu savais, pauvre petit ! C'est que je ne ferais
pas la route par là-bas, tu sais, je tomberais d'inanition.
- Pauvre homme, moi j'ai bien un croûton de pain à la
poche, je vous le donnerais bien, mais vous ne pourrez pas le mordre :
il est tellement dur !
- Ça ne fait rien, si tu as un croûton donne-le-moi, peut-être
que cela me donnera un peu plus de courage.
Alors le pauvre enfant lui dit :
- Tenez, le voilà, pauvre homme, mangez-le.
Il se met à manger ce croûton, et dur comme je ne sais pas quoi ! mais ce pauvre pauvre... il fallait bien qu'il ait les dents aiguisées pour couper ce croûton comme ça; il en faisait sauter les miettes sur son chapeau ! Ah alors ! Le pauvre garçon, le pauvre berger disait :
- Quand même, péchaire, il avait bien faim ! Quand même, si je pouvais lui faire traverser cette eau ! Mais nous nous noierons.
Ce pauvre vieux lui dit:
- Oh si ! fais-la moi traverser : tu m'épargneras ces pas, tu
sais, je n'aurais pas le courage de faire tout ce tour.
- Eh bien, montez sur mes épaules, si je vous noie, pauvre homme,
tant pis.
Mais quand il eut cet homme sur les épaules, le berger trouvait que, péchaire, . ne pesait pas plus qu'une plume. - Tiens, je suis lien devenu fort, je m'étais dit qu'encore ce vieux, malgré tout il est long, il est bien maigre, mais... les os pèsent bien toujours un peu. Bon, enfin ! Je vais essayer.
Alors il trempe les pieds dans l'eau. Ah, mais ce ruisseau dans
lequel d'habitude il y avait de l'eau jusque là, eh bien, il ne
lui cachait même pas les pieds; il traversa ce ruisseau avec cet
homme comme... comme rien du tout. Alors, l'homme content.
Le berger lui dit :
- Eh bien, pauvre homme, je vous ai fait traverser, je ne sais pas,
mais...
- Eh bien, dit-il, maintenant toi tu m'as fait traverser, tu m'as donné
du pain, moi je veux te donner... je veux te récompenser.
- Comment voulez-vous me récompenser ? Vous n'avez rien dans
le sac, ni même rien, vous m'avez dit que vous étiez pauvre
et que vous ne pouviez pas... Et que voulez-vous, que voulez-vous me donner
? Vous ne pouvez rien me donner, pauvre homme, allez-vous en tranquillement,
que le Bon Dieu fasse que les maisons vous engraissent bien, vous donnent
beaucoup, parce que vous savez... mon maître c'est le curé,
il vous donnera quelque chose, mais si vous ne trouvez que Nanette vous
pouvez compter qu'elle ne vous donnera rien.
-Ah ! Eh bien, mon pauvre petit, quand même je veux te donner
quelque chose, que veux-tu ?
- Oh ! Je ne sais pas ce que vous pouvez me donner, peut-être
un peu de ... un sifflet si vous en aviez un; de ces sifflets, vous savez
bien, que, mon Dieu, dans le temps, mon pauvre père - il est mort
et je n'ai plus personne - en faisait, une «chanterelle», avec
une paille; je ferais jouer cela si je trouvais quelque chose.
- Tu veux un sifflet?
Ce pauvre vieux plonge dans sa besace et il en sort un joli sifflet.
Alors lui, i! dit :
- Eh bien écoutez, je vous remercie, mais je veux, par ce sifflet,
avoir un pouvoir.
- Il aura le pouvoir que tu voudras, quel pouvoir veux-tu ?
- Que, quand je le ferai aller, tout ce que je veuille faire danser,
danse.
- Eh bien bon ! cela sera.
C'était le Bon Dieu ! Alors bon
- Mais ce n'est pas assez, je veux te donner quelque chose d'autre,
qu'est-ce que je pourrais te donner ?
Le Bon Dieu croyait qu'il lui demanderait de sauver son âme, mais
le pauvre berger ne songeait pas à l'âme, il pensait à
faire quelque chose contre la servante et rien de plus, parce que la servante
le faisait crever de faim, en cachette du curé. Ah !
- Eh bien, vous ne savez pas, puisque vous voulez me donner un autre
pouvoir : que quand je tousserai, si je veux que quelque chose pète,
que la servante pète, tiens, qu'elle pète, la servante du
curé !
- Ah ! Qu'est-ce que tu me demandes-là, pauvre petit. Enfin
! Tu le veux ce pouvoir ? Eh bien, tu l'auras.
Bien. Entendu. Content comme tout.
- Eh bien, maintenant je ne veux plus rien, merci
- Oh ! Je veux te donner trois choses; que veux-tu de plus ?
- Oh ! dit-il, que voulez-vous que j'aie envie de Plus ? Rien
de plus, que voulez-vous me donner encore, j'ai ce que... j'ai de quoi
m'occuper : jouer du sifflet et faire péter la servante, c'est tout
ce que je demande.
Alors bon ! Le pauvre lui dit :
- J'ai encore un pouvoir à te donner, si tu le veux choisis-le,
dis-moi ce qui te fera plaisir et je te le ferai.
- Eh bien, vous ne savez pas, vous avez une besace là, mon Dieu,
elle est bien abîmée votre besace; si vous avez ce pouvoir...
donnez-la moi, c'est un sac, ça ?
- Oui, tu appelles cela une besace, mais c'est un sac, oui, c'est un
sac.
- Eh bien, donnez-le moi, et que, quand je passerai quelque part, si
quelque chose me fait envie, que je dise : « par le pouvoir que le
- oui... (3) - par le pouvoir que le pauvre m'a donné
que ce que je veuille qui rentre dans le sac, rentre dans le sac ,.
- Eh bien ! Voilà, c'est tout ce que tu veux, tu sais que je
ne peux pas te donner autre chose, maintenant; je t'aurais donné
ce que tu m'aurais demandé mais... tu n'as pas envie de mourir,
je vois.
- Oh ! encore je suis trop jeune, je ne veux pas mourir, pourquoi faire
?
Eh bien ! Lui, il ne pouvait pas lui dire... le Bon Dieu lui aurait
donné le ciel. Il n'a pas une plume dans la tête, mais tant
pis. Il le laisse tranquille; et voilà, il avait les pouvoirs.
Lui, quand il arrive là-haut à dix heures, c'était
l'heure d'aller tourner la broche, d'aller tourner le tournebroche pour
faire rôtir les poulets. Alors bon, Nanette lui dit :
- Ah ! tu n'arrives pas trop tôt, c'est l'heure.
- Eh bien, si c'est l'heure tant mieux; mais je n'ai pas déjeuné
vous ne m'avez laissé prendre qu'une croûte de pain depuis
hier soir.
- Ah ! Je n'ai pas le temps, écoute, passe là et tourne
la broche parce qu'il faut que les poulets se cuisent, maintenant ces hommes
vont venir.
Elle avait mis la table et tout; et ce jour-là il faisait froid
et elle avait fait un peu de bouillon, de pot-au-feu. Alors bon ! Elle
va servir, pardi, ces hommes vinrent, tous ces curés, il y en avait
peut-être une douzaine - à l'Adoration perpétuelle,
il y a du monde, hé, il y a beaucoup de curés. Donc
bon ! Les curés avaient fait les fêtes, vous pensez bien !
Quand elle voulait mettre une table Nanette, elle savait la mettre, et
même tout... Mais le berger, elle ne l'aimait pas et elle le faisait
crever de faim. Bon, ces messieurs passèrent à table,
ils burent l'apéritif, tout ça (4). Personne
ne dit au petit enfant : viens en boire un peu, rien; non, non, non, personne
ne pensa au petit enfant, au berger. Pauvre berger ! Eh bien.
Tout à coup la servante - ah ! - elle se mit à mettre le
tablier blanc et aller faire le service de la table, vous pensez bien;
elle était munie de tout ce qu'il fallait, elle savait faire.
Et elle va porter le bouillon et quand elle l'eut posé sur la table,
qu'elle eut, enfin, fait le service de la soupe à ses convives,
tout à coup, le petit enfant en tournant la broche se met à
faire
Hum, Hum [bruit de toux].
- Prroup !
Oh ! La servante fiche un pet ! Oh ! alors, vous parlez si le curé
était ... était inquiet !
- Oh ! Nanette, qu'est-ce que vous avez fait ?
- Ah ! Monsieur le Curé (5), ça m'a
échappé ! Oh, j'ai pas pu me retenir, ça m'a échappé,
excusez-moi, oh, mon Dieu ! j'ai pas pu retenir.
- Eh bien, faites attention, un peu, d'être un peu plus polie
la prochaine fois.
Ces hommes se regardèrent, mais quand même il y avait
un jeune qui se mit à rire. Alors, le pauvre vieux, vexé,
dit qu'il ne fallait pas rire parce que ça rendrait Nanette malade,
ainsi de suite, et qu'est-ce qu'il ferait lui sans servante ? qu'il ne
s'en trouvait pas, et qu'il ne pouvait pas prendre de femme jeune parce
que vous savez bien que nôtre ordre nous le défend. Bon.
Ils excusèrent la pauvre Nanette, mais c'est que, voilà,
le berger se dit :
- N'aie pas peur que... ça marche très bien, le pouvoir
que m'a donné le pauvre, marche, c'est tout ce que je demande, elle
recommencera bien, se pensa-t-il.
En effet, après, elle vient chercher le bouilli, elle dessert
la soupe et elle vient chercher le bouilli, elle leur porte et alors ils
se mirent à couper du boeuf, et la servante à passer le plat,
et tout, vous pensez bien ! Et comme le berger qui tournait toujours la
broche, là-bas, pour faire rôtir sa volaille, se dit - il
ne comprenait qu'à l'oreille que la servante allait avoir fini de
couper la viande à ces hommes, à ces messieurs -, alors il
se mit à faire : [bruit de toux].
- Proum, proum, proum, comme des coups de fusil, ça fit un bruit
! Oh ! Le pauvre curé !
- Nanette ! mais enfin, quand même, vous n'avez pas honte?
Vous n'avez pas honte? C'est égal, mal élevée,
enfin, où avez-vous été élevée, jamais
vous n'avez fait ce travail depuis que je vous ai; quelle est cette affaire
?
- Je ne sais pas, Monsieur le curé, excusez-moi (5).

Alors, eh bien, l'autre partit, pardi, avec son quignon de pain blanc,
là, encore bien content qu'il le lui ait donné et il s'en
va avec les vaches.
Et en effet la servante ne péta plus. Ils renouvelèrent
un peu l'air, ils avaient ouvert les fenêtres, un peu, pour aérer
la maison parce que, hé ! vous savez qu'elle n'y allait pas doucement
! En effet, ça n'arriva plus, la servante servit le manger, et alors
elle leur fit du café formidable pour faire voir que... pour enfin...
réparer son péché, elle les gâta, vous pensez
bien, elle leur avait préparé une nourriture et un gâteau
! Ah ! elle savait y faire, pour ça oui, une pièce montée,
c'est le meilleur. Vous savez que Nanette était une belle
cuisinière, bien en chair, bien peignée - on aurait dit un
matelas sur la tête.
Alors bon ! Le curé quand il eut fini - il fit ses vêpres
et tout ça - et il dit au revoir à ses confrères qui
étaient venus. Et bon, il va trouver son berger. Alors
le berger le voit arriver :
- Tiens, maintenant, moi je vais passer à la savonnette; mais
non, oh bah ! avec les pouvoirs du pauvre je me déferai bien de
tous ces reproches.
Alors bon, le curé arrive et il lui dit :
- Eh bien polisson, c'est égal, tu es un drôle de ministre;
qui sait ce que tu as ? qui sait, tu as conclu un marché avec un
diable, le diable est venu te rendre visite ?
- Ouh ! je ne sais pas, peut-être oui. Ah ! mais vous n'avez
pas tout vu.
- De quoi, pas tout vu ?
- Oh, mais j'ai un sifflet, qui, si je le faisais marcher, eh bien,
tenez, vous, vous danseriez comme... comme un fou.
- Ah ! polisson ! de quoi ? toi tu aurais le pouvoir de faire danser
le curé ? Mais tu pourrais me mettre tous les diables au derrière
que tu ne me ferais pas danser.
- Oh, Monsieur le curé, si je fais marcher mon sifflet, eh bien,
vous danserez.
- Ah ! Fais-le marcher le sifflet des sifflets, me faire danser, moi,
avec un sifflet ! Ah ! jamais de la vie.
- Vous me permettez, Monsieur le curé, de vous faire... de le
faire jouer ?
- Fais-le jouer tant que tu voudras, jamais tu ne me feras danser,
polisson.
- Et vous voulez que je vous fasse danser? vous le permettez ?
- Oui, oui, oui, je te le permets,
Tout à coup, il sort son sifflet et il se met à jouer [bruit de sifflet]. Mon curé se met à faire [coups rythmés] un petit pas, deux petits pas; tout à coup il saute, tout à coup il monte sur le mur, tout à coup il y avait des buissons - il monte sur les buissons. Et
- Arrête, polisson ! arrête, polisson !
Il n'y avait pas de polisson qui tienne, l'autre toujours faisait jouer.
- Tu as voulu danser, tu vas danser; et puis, n'aie pas peur, quand tu arriveras, Nanette devra raccommoder la soutane.
Et en effet, ça déchira toute la soutane, vous comprenez
bien; vous pouvez imaginer, tous ces buissons, il y avait des piquants,
c'était des buissons de prunelles, tu sais que hé ça
piquait ! Enfin
- Arrête, arrête !
Mais le curé eut la soutane bien déchirée, les
pantalons pareils, en chair à saucisse, il n'y avait rien plus,
tout ça tombé, et des égratignures, vous pensez bien,
sur les jambes et partout, ce pauvre curé n'en pouvait plus, il
saignait de partout. Alors bon ! Il cesse de siffler, pardi.
- Arrête, polisson, arrête !
Alors il s'arrête. Et le curé s'en va là-haut.
- Ah ! Tu es un drôle de polisson !
Il alla se plaindre, pardi, le curé, aux casernes; il alla prendre une consultation au médecin, le médecin le trouva bien amoché; et vous comprenez que, hé ! Ils prirent le berger à la caserne, ils le mirent en prison. Et bon ! Avant, à Saint-Flour il y avait les juges, il y avait tout là à Saint-Flour, dans le temps, maintenant il n'y a plus personne : il n'y a plus de juge ni même aucun avocat; mais enfin, bon ! - je sais pas s'il y a un avocat, si moi j'y étais il y en aurait un (6) - mais bon ! voilà que, il fallut qu'ils le prissent à Saint-Flour ce petit enfant, le lendemain, les gendarmes. Le curé s'était plaint aux gendarmes qu'il faisait jouer le sifflet et que ça l'avait mis comme ça et qu'il avait chercher à lui attraper ce sifflet mais qu'il n'avait pas pu, qu'il lui avait laissé fouiller ses poches, mais qu'il n'y avait rien trouvé, et que pourtant il l'avait, et où l'avait-il mis ? Alors les gendarmes curieux de voir, qui sait ? : penses-tu, que cet enfant ait fait jouer un sifflet et qu'il ait fait danser le curé, c'est pas possible, le curé est devenu fou, c'est lui qui s'est mis dans les buissons, et, comme ça - ils ne le croyaient pas. Mais donc, enfin ils vont chercher ce petit enfant et ils lui disent :
- C'est vrai que tu as fait danser le curé ?
- Eh tiens !
- Et pourquoi tu as fait ça ?
- Ah parce qu'il a voulu le faire, je lui ai demandé la permission,
il m'a dit que je pouvais faire marcher mon sifflet; moi, c'est un pauvre
qui me l'a donné, le sifflet.
- Fais voir ton sifflet.
Ils vont bien à la poche, mais ils n'y trouvaient pas le sifflet.
il n'y avait que lui qui le trouvait; donc, ils dirent :
- Poh, poh, poh ! on nous fait amener cet enfant, bon à Saint-Flour,
on va l'amener.
Et ils l'amenèrent à Saint-Flour et en partant ils trouvent un vitrier - dans le temps, il y avait des vitriers qui venaient poser les carreaux dans les maisons, quand quelquefois on en coupait, comme ça, et il les portaient dans des paniers, ces verres, et ils les portaient avec un âne - et ce pauvre homme là, il était vieux ce vitrier et il voit venir les gendarmes avec ce petit sur une jument, là, et il dit comme ça :
- Vous en amenez un de bien petit, fait-il à ces gendarmes.
- Oh oui, et même vous avez l'air là, avec votre âne,
de ne pas pouvoir marcher, il y a un moment qu'on vous regarde, vous vous
arrêtez, vous vous mettez sur les parapets par là. Mais
vous savez, il a un sifflet que, s'il vous le faisait marcher, vous verriez
que c'est un beau polisson, s'il le faisait jouer, vous verriez comment
votre âne et même vous, vous avanceriez et même vous
danseriez.
- Danser ? Ah ! et faire marcher mon âne ? Vous ne voyez pas que je suis là, que j'ai beau le frapper quand il se cramponne, il n'y a pas moyen ! Ah non, dit-il, pauvre petit, c'est vrai que tu as un sifflet qui fait marcher les ânes et qui fait danser les vieux comme moi ? Tu... tu veux le faire jouer ?
- Vous le voulez, vous le voulez, monsieur, vous le voulez ?
- Oui, oui, oui, oui, fais-le jouer, petit, fais-le jouer.
Alors lui, il se met à sortir son sifflet, les gendarmes venaient
pour le lui attraper, mais rien, quand ils allaient lui ouvrir la main,
il n'y en avait plus, il n'y avait plus le sifflet. Donc bon !
- Eh bien, fais-le jouer.
Il le fait jouer. Tout à coup, le vieux se met à
danser, l'âne encore plus, à se dresser, et les pauvres paniers
avec le verre en l'air, et cet âne sur le verre, et le pauvre vieux
:
- Arrête, petit ! arrête ! arrête
Il n'y avait pas d'arrête, l'autre lui avait dit... il lui avait
bien demandé s'il voulait et il avait dit oui, eh bien, ça
suffisait. Et lui il dit
- Eh bien, quand je te quitterai, s'ils me laissent jouer, eh bien
n'aie pas peur, tu n'auras plus envie d'aller "vitrer" et même tu
ne trouveras pas un miroir pour te regarder ! Et même en effet, brisé
ce verre ! et le pauvre pauvre ! s'assit par là comme il put.
Va voir s'il s'est levé, peut-être qu'il y est crevé
comme disait l'autre, enfin, je n'en sais rien.
Mais voilà, le voilà parti, les gendarmes sans pouvoir
attraper ça, et ils reconnurent que c'était un beau polisson
et qu'il méritait la mort, vous pensez bien, et il faisait tout
danser ! Va te faire fiche, quand ils arrivèrent là-bas pas
loin des collines près de Saint-Flour, il y avait un potier - et
à ce moment là les potiers portaient des pots, vous savez
ce que c est des pots, pour porter la soupe dans les prés -, eh
bien, cet homme portait des pots, il allait les vendre à Saint-Flour,
pardi, avec son petit âne et ses paniers pleins; il trouve le berger
:
- Oh ! vous en amenez un de bien petit là, mais qu'a-t-il donc
fait, mon Dieu, il n'a rien fait, qu'est-ce que vous vouiez faire de ce
pauvre enfant ?
- Oh ! dirent-ils, ne le plaignez pas, font les gendarmes, c'est un
polisson, vous avez bonne mine de dire oh péchaire ! petit !
- Pauvre petit enfant, mais que voulez-vous en faire de ce pauvre malheureux?
Mais vous savez que, il n'a pas tué quelqu'un ?
- Oh, pas peut-être tué quelqu'un, mais enfin, hé
! hé il les a bien assommés toujours, parce que je vous assure
qu'avec votre âne là qui ne peut pas marcher et vous qui avez
l'air aussi bien fatigué, mais si lui faisait marcher le petit sifflet
qu'il a, eh bien ! vous verriez si vous, vos pots, et même vous,
vous ne danseriez pas tous ensemble.
- Ce n'est pas possible, mon pauvre ! Oh, moi qui ne peut pas
lever les pieds, j'ai du mal à faire suivre mon âne !
- Alors bon, bon, bon, bon, eh bien allons-y.
- Joue-s-en, petit. joue-s-en, n'aie pas peur, si tu pouvais
me dérouiller un peu, et l'âne surtout.
Alors le petit enfant :
- Vous le voulez?
- Oui, oui, oui.
Alors il se met à jouer et l'âne de tourner et les pots
en l'air, et le bonhomme avec ! Oh la la aïe ! des pots il n'en resta
pas la queue d'un ! Oh, je te promets, ils étaient frais ! Tout
se plia, tout se brisa.
- Ah tiens, tiens, prenez-le ce polisson ! Ouh i a aïe, i a aïe
! Il ferait tuer tout le monde avec sa danse !
Alors il l'amènent à Saint-Flour et les juges le condamnèrent
: il fut condamné; et pardi, on devait le décapiter, ça
se faisait tout de suite : on n'attendait pas. Alors bon !
Il est condamné à mort. Mais dans le temps, quand on
condamnait un prisonnier, enfin, un bandit, avant de le décapiter,
on leur faisait une faveur, alors ils demandaient la faveur qu'ils voulaient
: s'ils voulaient voir quelqu'un, n'importe, enfin ! on leur faisait venir
ou n'importe. Lui il dit qu'il ne leur demandait qu'une chose : de
jouer du sifflet; et ces juges, eux, ils voulaient voir ce sifflet.
- Vous permettez que j'en joue, puisque vous me donnez une faveur?
- Oui, oui, oui, oui, vous pouvez le jouer.
Il y avait des vieux juges là, il y avait des vieux qui étaient
venus pour voir cette condamnation d'un enfant; imaginez, c'était
plein, l'audience était pleine. Bon. Alors...
- Oui, oui, oui ! fais-le jouer.
Et ça s'était dit dans tous les endroits, il était
venu du monde de partout. Les commerçants, les restaurants,
tout ça avait mis des tables garnies dehors pour - parce qu'il faisait
chaud en ce moment, alors les terrasses étaient pleines, prêtes
à donner à manger, il y avait, vous pensez bien, des assortiments
sur toutes les tables, et le boulanger avait fait des gâteaux, enfin
! Il venait du monde de partout pour voir cette affaire. Et alors
lui, qui demanda qu'on le laisse jouer, et que les juges ne demandaient
pas mieux, alors lui il se mit à jouer. Tout ce monde sur
ces chaises, sur ces bancs, se mettent à danser, les juges les premiers
: et des coups de têtes et des coups de chaises ! Et les uns se brisaient
les jambes, les autres les bras, les autres la tête ! Enfin, ils
allèrent à leur perte. Et tout ça les avait
bien épuisés, là tout ! Alors lui, il sortit, il s'en
va avec son sac et comme les tables étaient bien garnies :
- Par la vertu du sac que le pauvre m'a donné, que tout ce qu'il
y aura à manger sur cette table entre dans mon sac.
Il y avait des fouaces à la devanture du boulanger, tout ça rentrait dans le sac, faisait la même révérence à son sac et tout y entrait. Alors il s'en va. Et chargé ! Et les autres, péchaire ! ceux qui n'étaient pas morts se relevaient les uns les autres comme ils pouvaient, enfin ! Il n'y avait qu'un travail à Saint-Flour : on ne pensait plus qu'à soigner les morts ou les malades. Enfin !
Alors bon ! Lui, il s'en va, il dit :
- Je vais aller manger là-bas dans les bois, j'aurai un peu
d'ombre et je serai tranquille au moins.
Il n'entendait plus de bruit, ni rien, il en avait assez fait comme
ça, aujourd'hui, du bruit. Donc, le voilà parti, son
sac bien garni maintenant et il avait vu des bouteilles là chez
un marchand de vin :
- Oh - il dit - que tout ça rentre dans le sac, toutes ces bouteilles
pleines, tout ça.
Oh i a aïe ! Enfin, bon ! Il s'en va; il se dit :
- J'ai de quoi boire et de quoi manger, pour une fois ! j'ai crevé
de faim, aujourd'hui j'en aurai assez.
Il s'en va là-bas dans ce bois, et quand il arrive là,
il voit une place, là, tranquille.
- Oh, tiens ! je vais m'installer ici.
Et il se met à sortir toutes ses victuailles du sac, dedans le
sac. Tout à coup, il entend un bruit derrière un arbre
et il voit venir Lucifer : un diable avec des cornes, un morceau de queue
là-bas comme je ne sais pas quoi ! Alors ce diable lui dit :
- C'est égal, tu es un drôle de monsieur, toi.
- A qui ai-je... à qui ai-je l'honneur de parler, s'il vous
plaît ?
- A Lucifer.
- Eh bien, Lucifer, reste tranquille, parce que tu sais, je veux manger,
j'ai faim, fiche-moi la paix !
- Oui, mais tu ne sais pas ce que tu as fais, toi, tu as fait tuer
ici, tu as fait ceci, tu as fait cela, oui, tu as fait démolir tout
le monde, tu es un polisson !
- Fiche-moi la paix, hé! parce que moi je veux manger, j'ai
faim.
Alors Lucifer :
- Oh, mais ! tu as faim, mais ça sera à moi avant d'être
à toi.
- Tiens-toi tranquille, laisse-moi manger.
Et toujours Lucifer l'embêtait. Tout à coup il dit
- Par l'amour du sac que le pauvre m'a donné, que ce diable
entre dans mon sac.
Il serre les courroies. et il avait des courroies de cuir, vous savez.
elles étaient un peu solides ! Le diable rentre comme ça
dans le sac comme si rien n'était et il l'attache là-bas
à un arbre et dit :
- Maintenant je mangerai tranquille.
Il mangea et il prend son sac.
- Ah toi, tu es plus lourd que des victuailles, mais ça ne fait
rien. je m'occuperai bien de toi.
Il avait entendu en passant, en venant comme s'il y avait des forgerons
qui tapaient sur une enclume.
- Oh, dit-il, je retrouverai bien ce son quelque part, maintenant que
j'ai mangé, tout d'un coup, ça se réveillera bien,
quand ils auront fini de casser leur croûte, aussi.
Et en effet, tout à coup en écoutant, il entend le son
des forgerons.
- Ah ! dit-il, il me faut aller trouver ces hommes.
Il prend son diable sur le dos dans le sac, il est vrai qu'il lui pesait, mais enfin ça fait rien : tu ne pèseras pas tant quand ... quand je te lâcherai. Bon. Le voilà arrivé là. Ces deux forgerons qui étaient là qui tapaient, ils martelaient du fer pour ferrer des roues, je ne sais pas quoi, sur cette place; alors ils le regardent venir :
- Et où vas-tu toi, petit, tu as un sac bien gonflé. -
Oh oui, et même si vous saviez ce que j'amène là, mais
vous allez me faire un plaisir, me rendre un service, après je vous
ferai voir ce que je porte. Donc bon ! Je veux que vous tapiez là-dessus,
que ça s'aplatisse, vous voyez, que ça s'aplatisse, qu'il
ne reste que le cuir, ça ne me fait rien.
- Mais c'est que, hé, il ne faudra pas quand même que
ce soit des pierres.
- Oh, ce ne sont pas des pierres, n'ayez pas peur.
En effet, ce n'était pas des pierres, mais il y avait des dents.
Ils donnaient des coups de marteau, l'un faisait pan ! l'autre pan ! alors,
imaginez, pan ! pan ! pan ! pan !
Oh! Ce sac, vous savez, se dégonflait, hé.
Il disait :
- Tapez toujours, qu'encore vous ne l'avez pas percé, oh i a
aïe, 1 a aïe, tapez, tapez, il faut qu'il soit plat, je vous
le ferai voir, je vous le ferai voir, n'ayez pas peur, vous le verrez.
- Alors nous allons te le trouer, petit
- Ça fait rien, allez-y, allez-y.
Et les autres, pan, pan, pan, pan. Oh ! ils l'avaient aplati, péchaire, comme une passoire. Alors bon !
- Eh bien, maintenant, je vais vous faire voir; venez, arrêtez un peu, je vous paierai un coup à boire, arrêtez parce que vous l'avez gagné, vous suez, rien qu'à frapper ce sac, vous aller voir, venez voir.
Il détache les courroies et le diable, mais il ne pouvait pas faire un pas devant l'autre, mais il partit quand même de par là parce qu'il avait peur qu'ils ne l'achèvent !
Et vous comprenez, bon, voilà que lui s'en va sur la terre, et
il n'était pas plus malheureux, il avait un sac, quand il passait
quelque part, il disait : Par la vertu du sac que le pauvre m'a donné,
que ça rentre dans mon sac. Il avait toujours à manger
et à boire, hé! Alors, content comme je ne sais pas de quoi,
il paya une bonne bouteille aux forgerons, et il leur paya du tabac et
de tout pour fumer la pipe, oh, il était heureux comme un Pierre.
- Ah, dit-il, vous voyez que, hé, oh ! mais vous pouviez donner
les coups parce qu'il était assez gonflé.
Alors bon, il les laisse. Après, ce pauvre bougre resta
bien un peu sur la terre, mais tout à coup. quand même. il
languit; il se faisait vieux, il se dit : maintenant, moi. je suis assez
resté sur la terre; mais jamais la mort ne venait le chercher.
Maintenant, quand même, dit-il, il me faut aller voir si je trouve
le Bon Dieu. Ah ! la mort ne venait jamais le chercher.
- Il me faut bien aller voir si je la trouve. Enfin, tout à
coup, la mort arrive. Mort. Et il s'en va à la porte
du ciel; il frappe à la porte :
- Qui c'est ?
C'est saint Pierre qui vient ouvrir
- Tiens, c'est toi ?
- Eh bien, dit-il, oui, c'est moi, qu'est-ce qu'il y a? Je viens...
je suis assez resté sur la terre, maintenant la mort est venue,
eh bien, je viens me réfugier ici.
- Ah, mais, c'est pas ta place, petit, hé, tu as fait trop de
sottises sur la terre. Ah 1 tu te rappelles pas que tu as fait ça
et ça, que tu allais faire péter la servante, tu as fait
mourir le curé, tu as fait... Oh tu en as trop fait ! Et tous ces
gens que tu as fait estropier, là-bas, à Saint-Flour, et
ceux qui sont morts, qui sont enterrés qui ne vivent plus : j'en
ai quelques-uns, mais pas beaucoup, parce qu'il y en avait beaucoup qui
ne s'étaient pas confessés. Tu es un drôle d'oiseau,
tu en as fait damner, et tout !
Alors lui il dit :
- Eh bien, s'il n'y a pas de place, pardi, où me faut-il aller
?
- Tu n'as même pas gagné le purgatoire, maintenant tu
ne peux pas y aller, il te faut aller en enfer, c'est l'enfer.
- Eh bien, je vais aller en enfer, où me faut-il passer ? -
Oh ! par là, descends et tu trouveras le chemin. Alors bon,
il s'en va, il va frapper à la porte de l'enfer. Le diable,
c'était un malin, quand même, il était toujours dans
le fauteuil là-bas auprès du feu, il n'en pouvait plus, il
ne s'en était pas relevé de cette volée. Donc,
il dit comme ça :
- Regardez bien qu'il n'y ait pas le sifflet dans ce qui rentre.
Ils ouvrent un peu la porte; il y avait un drôle de bruit... allons,
ce n'est pas de ceux qui viennent chaque fois, c'est... ça doit
être un célèbre, j'en ai peur, eh bien, ils ne font
qu'ouvrir un peu la porte, ils l'ouvrent un brin, et lui le diable qui
était là-bas au chaud dans son fauteuil, avec des cornes
toutes...
- Ouh ! c'est lui, fermez vite la porte ! fermez vite la porte, c'est
lui !
Alors lui, il repart au ciel, pardi, chez saint Pierre.
- Ah mais, dis-donc, ils n'ont pas voulu me recevoir là-bas,
en bas.
- Et pardi, tu l'as rossé celui-là. Il est bien
malade et les autres ne veulent pas en attraper autant; mais écoute,
nous te voulons pas, tu n'as pas ta place ici.
Et quand le Bon Dieu te demandait là-bas, le pauvre qui te demandait
ce que tu voulais quand tu l'avais fait traverser l'eau, il te fallait
dire que tu voulais qu'il te sauve ton âme, c'était le Bon
Dieu.
- Mais moi je ne savais pas, je croyais que c'était un pauvre,
maintenant si c'était le Bon Dieu que voulez-vous que je fasse ?
Retourner sur la terre ? Que veux-tu que j'y aille faire ? Je sais tout
ce qu'il y a sur la terre, et maintenant je n'en peux plus, hop, j'en suis
fatigué.
- Eh bien, dit-il, reste entre le ciel et la terre.
- Je ne veux pas davantage rester là qu'ailleurs. Par la vertu
du sac que le... m'a donné, que le ciel rentre dans mon sac.
Et le ciel entra dans le sac et lui aussi s'y trouva.
Et le conte est passé dans un pré mouillé et s'est
noyé. Et voilà.
Conté par Mme Maria Girbal, Saint-Urcize, Cantal, le 26 octobre
1964.
______________
1 .Imp. ALIBERT, 1966, p. 399 : filhassa, grosse
et grande fille.
2. La conteuse fait allusion à un Père
missionnaire retiré à l'Hospice de Saint-Urcize.
3. Ce temps d'arrêt, marqué d'un oui.
correspond à la mémorisation intérieure de la formule
par la conteuse.
4. Passages dits en français.
5. Les répliques de N. sont dites d'une voix
larmoyante.
6. La conteuse ironise sur sa propre faconde, et celle
qu'on prête aux avocats
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Les illustrations de cette page : © Isabelle
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