L'histoire d'Aurelle

Aurelle, les toits de lauzes et les cheminées du même
Vous pourrez sur cette page découvrir l'histoire du village d'Aurelle, celle de la destruction/reconstruction de l'église, l'histoire ancienne de l'église, et enfin un événement clochermerlesque plus récent.

Sur internet, en dehors du présent site, vous trouverez une autre histoire du village.

Le village d'Aurelle procède probablement d'une fondation ligure, au premier millénaire avant JC.
 
Le château d'Aurelle est cité dans un hommage rendu par Albert de Canilhac à Bérenger II, vicomte de Millau et du Gévaudan (1070-1077). Il contrôle alors 5 paroisses (Crouzets, Lunet, Born (Prades), Verlac, Naves, Saint-Martin de Montbon).
 
Joris d'Aurelle en est chevalier en 1030-1075.  Le nom d'Aurelle est cité dans la donation de Joris d'Aurelle, feudataire des Canilhac, à l'abbaye d'Aniane en 1075.
En 1244, le village appartient à Odon de Castelnau qui en revent une moitié à la dômerie d'Aubrac et l'autre à Astorg de Villaret.
Le mariage de Guérine de Canilhac avec Guillaume II Rogiers, frère du pape Clément VI (1342-1352) est l'occasion d'ériger Aurelle en baronnie.

Les premiers combats de la guerre de 100 ans atteignent bientôt le Rouergue. Une troupe de 2000 hommes pille l'Aubrac en 1356.
Le traité de Brétigny transforme le Rouergue en province anglaise en 1360, mais en 1369 les Français reprennent les armes pour reconquérir la province. La pacification sera de courte durée, car c'est alors les routiers, bandes de mercenaires en mal de solde, qui pillent les environs. En 1375, une bande de routiers venus de Carlat (Carladès), dans le Cantal, pille à nouveau l'Aubrac et atteint le Bru, Lunet et le Four del Mas dans le ressort du château.
Aussi, en 1377, le seigneur d'Aurelle ordonne aux habitants de remettre le château en état pour lutter contre les routiers. C'est la dernière tentative de relèvement de ce dernier : il sera définitivement abandonné au XVème siècle.
En 1383, sous le prétexte de sécuriser encore le village, le seigneur fait détruire l'église. Elle sera reconstruite presque aussitôt, à un emplacement différent.
L'emplacement du château d'Aurelle et de l'église sur un plan du XVIIIè siècleLes conflits vont alors se succéder entre les deux co-seigneurs jusqu'à un partage plus précis, qui aura lieu en 1516 et 1531 : Naves, Verlac et Saint Martin vont à Jacques de Beaufort, Marquis de Canilhac (allez voir la croix de la Berque à ce sujet).
Aurelle sera vendue en 1731 à M. de la Fayolle, de Saint-Geniez d'Olt, puis à la famille de Layrolle, en 1777.
 Dès cette époque et jusqu'à aujourd'hui on ne trouve plus aucune trace du château. Le plan ci-contre, extrait d'un registre de reconnaissances féodales et établi à la fin du XVIIIè siècle, mentionne un "jardin, sol ou travers où était jadis la tour d'Aurelle".

L'histoire de l'église : une destruction très documentée, suivie d'une reconstruction qui ne l'est pas moins.
Voici en effet la traduction et la transcription par M. Jean Delmas, Directeur des Archives de l'Aveyron de l'acte du 4 avril 1384 (AD Aveyron G831 - Registre papier d'actes divers reçus par Pierre de Ginestis, notaire apostolique, impérial et épiscopal de la cité et du diocèse de Rodez).

Devant Hugues Yverni licencié en droit, procureur de Pierre, dom de l'Hôpital d'Aubrac, et Me Guillaume de Trescas, procureur de Marqués de Beaufort, chevalier, seigneur de Canilhac, tous deux seigneurs de la terre et baronnie d'Aurelle.

Les paroissiens de Saint-Martin-de-Montbon, des Crouzets, de Lunet, tous de la baronnie d'Aurelle, exposent que l'église Saint-Pierre d'Aurelle, a été détruite récemment par
quelques-uns parce qu'elle était construite au sommet d'une roche et que l'on craignait de la
voir prendre et fortifier par les Anglais et les ennemis du roi de France, au grand dommage
desdits seigneurs d'Aurelle, des populations qui habitent ladite baronnie et par conséquent de
tout le pays (patria) de Rouergue.
Fac similé du registre G 831Et il faut reconstruire cette église dans un lieu décent conformément à ce qui a été convenu avec l'évêque de Rodez, selon l'acte dont le texte est ci-après inclus. En conséquence, ils prient les deux procureurs, au nom des deux seigneurs, de leur accorder un terrain (ayral) ou patus convenable pour reconstruire ladite église.

Les deux procureurs ayant tout examiné et considéré, vu que l'église ne peut être reconstruite au même endroit, en raison des dangers évidents qu'elle pourrait faire courir au pays de
Rouergue, accordent aux suppliants, pour l'honneur de Dieu, de Saint-Pierre et pour l'intérêt public un patus ou ayral, sis dans un lieu convenable et honorable, réservant le droit du seigneur supérieur en cas d'amortissement, ce qui annulerait la concession. Le patus est confronté à l'Est par la rue publique du château, au Midi par un casal qui est tenu de Guillaume de Romiguière chevalier, (il y a un passage entre les deux), au Nord par le chemin public qui va du château ou lieu d'Aurelle vers les mas de La Vay Cieyra et vers lo Gres et le ruisseau de Mosaur, et du dernier côté qui est le côté inférieur, par l'ayral d'Astorg Anis et l'orme de la place d'Aurelle. Les habitants de la terre d'Aurelle reçoivent humblement ce terrain, avec la réserve éventuelle du droit du seigneur supérieur. Enfin ils demandent à frère Deodat Lauret, commissaire de l'évêque de Rodez, d'approuver ce choix. Ce dernier après l'avoir examiné de façon approfondie et en avoir discuté avec des hommes de qualité, après avoir mesuré l'église détruite afin de s'assurer que la nouvelle serait identique et qu'il n'y aurait aucun dommage, donne son accord, au nom de l'évêque et conformément à l'acte reçu par Me Bernard Boysonnade notaire de Rodez... Il fait la réserve d'usage au sujet des courtils, emplacements de fumier, étables et autres locaux qui ne pourront être construits à proximité ou qui devront être reculés. Quant à l'église détruite, il demande qu'elle soit enfermée d'un bon mur afin que ce lieu consacré soit respecté à l'avenir.

Les pierres de l'ancien édifice seront réutilisées pour le nouveau. Les habitants doivent
s'engager à respecter ces prescriptions. Avant la démolition, l'ancienne église avait huit cannes de longueur et de largeur, dans oeuvre, deux cannes et deux palms. Elle était voûtée du côté du choeur. Les habitants seront tenus de la refaire à ces dimensions et encore de l'améliorer.

Suit la teneur de la procuration :
... il est rappelé que l'église SaintPierre d'Aurelle annexe de Saint-Martin-de-Montbon a été détruite jusqu'aux fondations, qu'il faut la reconstruire. On renvoie à l'acte reçu par Me Bernard Boyssonnade, notaire de la Cité de Rodez. (Les prescriptions ont été transmises par le procureur et il n'est pas utile de les reprendre).

Suit la teneur de l'acte retenu le Il juillet 1383, à Rodez, Déodat Gento, de la paroisse de
Verlac, Jean Aribert de la paroisse de Saint-Martin-de-Montbon, pour eux et au nom de

    - Pierre Bernier, Jean Saynerii, Benoit Terundi, Jean Arresat, Jean Boyssonada,
    Barthélemy Calmelh, Pierre Sabbatier, Pierre Bah, Jean André, Déodat Marcillac,
    Raimond André, de la paroisse de Naves.

    - Jean Galhi, Benoit Gento, Guillaume Bel, Pierre Bah dit Calhe, Raimond Caussanel,
    Pierre Argentier, de la paroisse de Verlac.

    Jean Delserre, Pierre Ariberti, Pierre Boyssonada, Guillaume Cotalh, Bresson Delserre,
    Jean de Vedrunas, Jean Ariberti, Raimond Delserre, Jean Fontanier, Jean Companha le
    vieux, Jean Companha le jeune, Pierre Avi, Raimond Fournier (ou bien Pierre, grand-père
    de R. Fournier), Guillaume Vidal, Guillaume de Ramas, de la paroisse de
    Saint-Martin-de-Montbon.

    Déodat Forestier, Déodat Nicolay, Déodat Delbosquet, Jean Vidal, Jean Delbosquet, Jean
    Bah, Pierre Coderc, Benoit Soldadier, Pierre Baldit, Jean Saynerii, Bertrand Valeri, Jean
    Delaforest, Etienne Galan, Pierre Bah, Jacques Valeri, Guillaume Bosquet, de la paroisse
    de Lunet, tous habitants de la terre d'Aurelle.

(Acte de procuration reçu par Me Etienne Sineterris notaire royal le 4juillet 1383; suit l'acte.
Celui-ci précise que Déodat Gento est du mas de Crespiac, paroisse de Verlac, et que Jean
Arribert est du mas de Rieusenx, paroisse de Saint-Martin-de-Montbon... Fait à Naves, au
cimetière, Etienne Sineterris, clerc, notaire royal).

Et voici l'histoire de la destruction de l'église d'Aurelle :

En 1382, le mercredi avant la Saint-André, à Aurelle, des hommes en armes du seigneur de
Canilhac se réunirent dans la chapelle ou église d'Aurelle dans l'intention de la renverser et ils touchèrent sans respect la Sainte Réserve, les reliques des saints, et les statues des saints qu'ils sortirent de l'église et qu'ils portèrent sans aucun respect dans la maison de Jean de Vedrunas, laïc,... Ensuite, ils descendirent à terre les cloches, ils sortirent de l'église les fonds baptismaux et le maître autel, qu'.ils démolirent. Puis ils s'attaquèrent à cette ancienne église et la détruisirent de fond en comble, poussant jusqu'au bout leur violence sacrilège.

Aussi le seigneur de Canilhac et ses complices, ayant été excommuniés, et voulant rentrer dans le giron de l'église ont demandé humblement grâce, miséricorde et absolution. L'évêque après avoir délibéré sur ces événements avec les gens de son conseil a décidé :

- que ladite église soit reconstruite à Aurelle en tel lieu qu'elle ne puisse encourir les mêmes
dangers que précédemment, en raison de sa position sur le sommet de la montagne,

- que ladite église soit suffisamment ornée et munie d'un autel, avec les statues habituelles, les fonds baptismaux, les cloches et tout ce qui est nécessaire pour le service de Dieu, comme
auparavant, ou mieux encore,

- que le seigneur de Canilhac fasse faire une custode d'argent doré de la valeur de 25 francs ou d'un moindre poids. L'évêque en laisse la décision à la conscience dudit seigneur,

- que tout cela soit exécuté dans le délai d'un an à compter de ce jour,

- que le premier jour, après l'achèvement des travaux de l'église, soit célébrée une messe solennelle en présence des représentants ou du vicaire de l'évêque,

- que le seigneur de Canilhac assiste à cette première messe, offrant en l'honneur de Dieu et des saints, Pierre et Paul, une torche de cire du poids de 4 livres et que vingt hommes, conseillers, serviteurs ou autres, choisis par ledit seigneur parmi ceux qui participèrent à la démolition par leur action ou par leurs avis, soient présents à ladite messe, offrant chacun un cierge de la valeur de dix deniers,

- que toutes les autres personnes qui ont participé à la démolition par leurs action ou leurs conseils soient là en tunique sans capuche ni ceinture, les pieds nus et à genoux de l'entrée de l'église jusqu'à l'autel, portant chacune un cierge de la valeur de dix deniers, qu'elles offriront pour le service divin pour le rachat de l'offense faite à l'Eglise. Et le curé en donnera la raison; et la pénitence sera faite selon la forme accoutumée,

- que les personnes susdites, comme elles n'ont pas manifesté le respect, l'obéissance et l'honneur qui est dû à l'évêque et à l'Église dans le fait de la démolition de l'église qu'elles accomplirent de leur propre autorité..., que lesdites personnes paient 300 francs d'or qui seront convertis, à la volonté de l'évêque ou de ses vicaires en oeuvres pies,

- que, grâce à la médiation des deux cardinaux : delimoges (et) de SaintMartial (?) et de l'archevêque d'Arles, camérier du Pape, il soit fait remise au seigneur de Canilhac et à ses  complices de tout sacrilège et que leur soit accordée l'absolution de l'excommunication,

- que tous les frais de justice ou de notariat soient à leur charge, etc.

Fait à Rodez, dans la chambre de l'évêque. Présents, Raimond Abbé de Bonneval, Jean Seguy
docteur en droit vicaire de l'évêque, Aimeric de Mercato licencié en décrets, official de Rodez,
Jean de Mejanès clerc du Collège apostolique, Me Arnaud Payani, Aimeric de Seveyrac
archidiacre mage et Bernard Boyssonnade clerc de Rodez, notaire épiscopal de la Cité et du
diocèse,.

Le tout fait à Aurelle, comme a été dit précédemment

La vie de l'église à travers les siècles : elle est racontée, de façon bien sûr trop parcellaire, par les comptes-rendus de visites pastorales, dont voici certains extraits :

Le cadastre d'AurelleVISITE DU 24 AOUT 1524 - François d'Estaing - Evêque

L'Église, desservie par un vicaire de St-Martin-de-Montbon, est utilisée suivant une antique
habitude, "pour les messes chantées de la nativité de seigneur, St-Etienne, Sts-Innocents, fête de
la circoncision, Epiphanie, Pâques, lundi de Pâques, mardi des Rogations, Pentecôte et autres
fêtes de St-Pierre, St-Roch et Toussaints.

Il s'y trouve deux cloches, un calice d'argent, un reliquaire d'argent dans lequel il y a des
reliques de St-Pierre et bien d'autres, un missel en parchemin et un autre imprimé, un rituel pour
la messe".

Il est ordonné aux deux ouvriers de ladite église d'avoir avant la Toussaint fait réparer les fonds
baptismaux, et son couvercle, et le gobelet.
 

VISITE DE 1665 - Gabriel de Voyer-de-Paulmy - Evêque

"Il y a une annexe où l'on fait le service les quatre grandes fêtes de l'année ; elle est en fort mauvais état. Il ne paraît point d'ornements à dire la Sainte Messe".
 

VISITE DE JUILLET 1667

Inventaire des meubles dans l'annexe d'Aurelle : "Premièrement sur le grand autel trois nappes,
un calice d'étain, avec la patène, une petite croix de laiton, dans une vile bourse les corporaux et
palle, une chasuble avec son étole et manipule, une aube et son amiet et ceinture, le tout fort usé,
deux vieux missels fort déchirés et rompus et un rituel, un petit pot cuivre pour l'eau bénite fort
gâté".
 

VISITE DU 5 JUILLET 1668

Il y a une Chapelle "qui est une annexe ou le recteur est obligé d'aller dire la messe les plus
grandes fêtes de l'année en sorte qu'il y en a onze par an. Elle n'est pas bien tenue, il n'y a qu'une
chasuble, il y a des fonds baptismaux, il n'y a point de cimetière..."
 

Aurelle est derrière la crête que vous voyez au premier planVISITE DU 31 AOUT 1739 - Jean d'Yse de Saléon - Évêque

"Procès verbal du Sieur Pons prieur des Crouzets, vicaire forain qui a été visiter l'église de
St-Pierre d'Aurelle pour lequel il constate que cette église qui était anciennement une annexe de
la paroisse de St-Martin-de-Montbon... est bien voûtée et bien blanchie, que le pavé, le toit, la
porte, le clocher où il y a une petite cloche sont en bon état, qu'il y a un confessionnal et des
fonds baptismaux en mauvais états, que les vitres sont brisées, que l'autel est assez décemment
orné y ayant un petit tableau et un petit tabernacle sans peinture ni dorure, un petit crucifix, une
pierre sacrée, deux chandeliers... un vieux missel, une croix pour les processions. On tient les
ornements dans un coffre qui est dans l'église. L'usage est d'aller dire la messe de paroisse une
fois l'an à cette église."
 

VISITE DU 10 AVRIL 1742

"Cette église est située dans un précipice d'un accès fort difficile... Le tableau est vieux, le
cadre mal peint, le tabernacle est presque neuf, le marchepied n'est pas double, la pierre sacrée
est d'une ardoise sans aucune marque de consécration... Il y a encore une croix processionnelle
de laiton, une lampe, un confessionnal sans agenouillons et sans grilles, un mauvais balustre
pour la communion. Les fonds baptismaux qui sont au bas de l'église du côté de l'évangile ne
sont pas en état, il n'y a pas de serrure au couvercle ni de charnière, et la cuvette de l'eau
baptismale devrait être changée. On n'y fait aucun baptême, il y a un calice en bon état lequel a
été refait aux dépens du Sieur Curé à ce qu'il nous a dit... On y va dire la messe le jour de
St-Pierre et le troisième jour des Rogations".
 

ENQUETE POUR L'ETABLISSEMENT D'UN VICAIRE DANS LA PAROISSE DE ST-MARTIN-DE-MONTBON -1749

"Dans ladite paroisse il y a actuellement encore outre l'église paroissiale une autre ancienne
église qui est celle d'Aurelle qui évidemment a été et doit être encore une église succursale
puisqu'il y a clocher et cloches, des fonds baptismaux et des vestiges et marque d'un ancien
cimetière ".

L'histoire récente
Ne manquez pas l'histoire clochemerlesque de la cloche d'Aurelle.
Certains des habitants d'Aurelle l'ont abandonné à la fin du XIXè siècle et au début du XXè pour partir fonder Pigüé. Le hameau a été abandonné en 1948, même si depuis quelques années il accueille de nouveau quelques âmes, au moins de temps en temps.

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