Pierrounet

Le 6 décembre 1832, dans un famille de paysans qui dispose de quelques arpents et de quatre vaches, naît un petit Pierre. Il va grandir (pas beaucoup, 1,65 m), se marier (en 1863, avec Rose Meissonnier de Sinières, elle-même née en 1832) et ils auront beaucoup d'enfants (sept... ce qui n'est pas totalement extraordinaire pour l'époque).

Fin de l'histoire.

Non, je plaisante, je vais vous en dire un peu plus.

Hommage à Pierrounet

Pierrounet était un rebouteux, comme il en en existe encore aujourd'hui : grâce à une connaissance empirique de l'anatomie, et à une force musculaire souvent importante, ces hommes (plus rarement des femmes) sont capables de remettre en place des membres démis ou luxés.
Pierrounet, lui, avait d'abord appris sa pratique sur des animaux, sage précaution. Il avait, dès l'âge de 10 ans, été placé comme buronnier. Successivement roul, bédélier, pastre et enfin cantalès en 1849 à Saint-Laurent de Muret, il avait appris à remettre en place les pattes des veaux trop aventureux. Petit à petit, il s'était essayé sur des hommes, et avait plus souvent réussi que manqué son coup. Aussi, la clientèle accourut, et fit la fortune (tout est relatif...) de Nasbinals.

Il était devenu cantonnier en 1856 (au Buisson, à 6 kilomètres de Saint-Laurent de Muret), s'était marié, comme nous l'avons vu plus haut, avait été muté en 1881 à Nasbinals juste après son mariage (pour s'occuper de la route de Nasbinals à Marvejols) et avait acheté une maison à Nasbinals (entre les routes d'Aubrac et du Suquet, en face de l'abreuvoir) ou il recevait sa clientèle.
Pierrounet - notez la taille étonnante de ses poucesOn estime que de 1880 à 1907, 30 à 35 patients venaient le consulter tous les jours dans cette maison, ou sur les bords des routes, là où il travaillait...

Un service de voitures à cheval avait été mis en place depuis la gare d'Aumont, et l'hôtellerie à Nasbinals connut un essor sans précédent.

Ses contemporains, reconnaissants, commencèrent par l'élire conseiller municipal (en 1898, à l'unanimité moins trois voix), puis le réélirent (en 1904) avant qu'il décide lui-même de ne pas se représenter, arguant du fait qu'il était devenu trop vieux.

Le courrier d'Auvergne le décrit en 1898 : "Pierrounet est âgé de 65 ans. C'est un robuste montagnard, belle carrure, fortement charpenté, d'une force remarquable, figure douce et allongée, collier agrémenté d'une barbiche, le tout très noir, à peine semé de quelques poils grisonnants, yeux bleus, pouces de dimension et de force légendaires, manières affables et simples, modeste et timide, aimant servir et pourtant désirant passer inaperçu, proprement vêtu d'un pantalon sombre et d'un gilet noir à manche... ajoutons qu'il est doué d'une mémoire quasi-extraordinaire." Tous n'étaient pas aussi satisfaits : en juin 1905, il était assigné devant le tribunal de Marvejols par l'ordre des médecins, pour exercice illégal de la médecine. Il sera condamné -forcément- à 100 francs d'amende, aux dépens, et au remboursement des frais liquidés à 257,10 francs...

Il meurt le 8 mars 1907. La réaction des habitants de Nasbinals est éloquente : "De que faroù lou monde, aro que Pierrounet est mort ?" (Que feront les gens, maintenant que Pierrounet est mort ?).

En 1909, un comité constitué pour l'érection d'une statue de Pierrounet fait réaliser par Malet, sculpteur à Millau, la statue inaugurée le 26 septembre 1909, et qui se trouve toujours sur le foirail de Nasbinals. Remarquez, quand vous y passerez, les béquilles sculptées sur le socle de la statue.

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