Ad Silanum

Vue générale du site d'Ad Silanum en 2000La Table de Peutinger (carte routière romaine, dont on a conservé par miracle une copie réalisée au Moyen Âge ; la table de Peutinger présente le réseau routier de l'époque de Caracalla [211-217]) indique trois mutatio, c'est-à-dire trois stations-service dans le pays Gabale (dont la capitale était Javols).

Ces trois mutatio étaient Condate (Chapeauroux), Anderitum (Javols) et Ad Silanum, qui se trouvait, dit la table, à XVIII lieues gauloises d'Anderitum et à XXIIII de Segodunum (Rodez). L'exercice a donc consisté, dans un premier temps, à dessiner le triangle ainsi décrit et à tenter de localiser le site, sachant que la lieue gauloise faisait environ 2222 mètres (la lieue gauloise était employée dans toutes les province de Gaule, à l'exception de la Narbonnaise ou l'on utilisait le mille romain [3 milles = 2 lieues]).

Marius Balmelle, dans son ouvrage cité en bibliographie, dresse la liste des différentes hypothèses qui ont été bâties à partir de ces indications (les ouvrages correspondants sont également cités dans la bibliographie)..

Des bénédictins proposaient, au XVIIIème siècle, une localisation près de Trélans.

d'Anville, également au XVIIIème siècle, le situe plutôt du côté d'Estables de Rive d'Olt.

L'abbé Bosc le situe en 1797 près de Trélans.

de Gaujal le voit plutôt au lac de Saint-Andéol (on se rapproche...).

Cayx parle d'Auxillac.

et enfin un nommé Walckenaer affirmait qu'Ad Silanum se situait à Anglars, en Castelnau (Aveyron).

J.M. Ignon balaie en 1840 toutes ces hypothèses. Tout le travail est à refaire.

En 1869, Ernest Desjardins fait à nouveau le point sur toutes les propositions. Il reprend celles qui viennent d'être citées, et ajoute aussi les hypothèses de Lapie (Castelnau de Mandailles), Astruc (Saint-Côme), Ukert (Salmon, près de la Canourgue), Kantacsich (Chaudes-Aigues), Reichard (Soulanges, près de Saint-Flour).

Et voici la solution, trouvée par des chercheurs de terrains, qui étaient allés voir quelques blocs émergeant des pâturages et avaient commencé à creuser autour...

Marius Balmelle le raconte ainsi :

"La voie d'Agrippa, après avoir laissé à l'ouest les lacs des Salhiens et de Souveyrols, suit la direction du Nord-Ouest au Sud-Ouest, jalonnée par les cotes 1264 et 1257 de la carte d'état-major au 1/80.000. Entre les points 1373 et 1370, au sud et près de l'endroit où elle franchit le ruisselet du Mas ou Puech Crémat (maison ou montagne brûlée), entre les deux sources du ruisseau du Puech-Nègre, l'abbé Boissonade, secrétaire général de la société des lettres de la Lozère, et le Dr Prunières, de Marvejols, entreprirent des recherches. Le 21 septembre 1866, ils découvrirent notamment un fragment de poterie rouge, débris venu des ateliers céramiques voisins de Banassac ou de la Graufesenque, qui datait les ruines exhumées. Le Dr Prunières rappelait par ailleurs que le site sur lequel les fouilles venaient de débuter était au Moyen Âge appelé Ville Vieille (villa vetus).

Les fouilles, confirmées par l'archiviste F. André, livrèrent des briques romaines, des restes de murs, 32 ou 33 médailles paraissant toutes appartenir aux premiers empereurs. Parmi ces monnaies, 3 d'Aurélien (270-275), d'après Prunières ; de Marc-Aurèle (161-180), d'après F. André. Les couches de cendres et de charbon décelaient, comme à Javols, la destruction de la station par l'incendie.

Le bâtiment principal sur la rive droite du ruisseau des Fontanilles, quadrangulaire, de 15m sur 15m environ, était construit en basalte et couvert de tuiles à rebord."

D'autres fouilles eurent lieu en 1928, à l'initiative de l'abbé Calmels et du Dr Ayrinhac, qui recueillirent quelques monnaies de bronze  (deux de Dèce [249-251], et une identifiée probablement par erreur à Valentinien III [423-455]), plusieurs tessons de vase avec la signature du potier Secundos, un vase à engobe blanc et décor géométrique.

Nous avons vu plus haut qu'Ad Silanum figurait sur la table de Peutinger. Elle ne figure plus sur l'itinéraire d'Antonin, qui donne le réseau routier gaulois après la deuxième invasion de 275. On peut probablement en déduire la date de la destruction de la station.

Gros plan sur un reste de mur, dans l'état du site en 2000Si vous cherchez à aller voir le site, vous serez probablement déçu : tout d'abord, il est très difficile à trouver, parce que même s'il figure sur la carte, il ne reste que quelques pierres, laissées là lors des fouilles que je viens de rappeler. Ensuite, l'endroit n'est pas très spectaculaire. En plus, je trouve que ces traces ne sont pas complètement convaincantes. Je ne comprends pas bien la localisation de la station, qui semble ne pas être aussi logique que la plupart des installations des romains.

Bref, je me devais de le citer, mais je ne suis pas sûr que le déplacement en vaille la peine.

En revanche, vous pouvez aller vous promener le long de la Via Agrippa. Vous verrez un peu plus de traces romaines, et en plus vous vous marcherez dans une forêt magnifique...

Vous pouvez ici charger l'image de la table de Peutinger (1100 Ko).

Ci-dessous figurent les références trouvées sur le site de l'université de Caroline du Sud.
Ancien nom: Ad Silanum
Nom moderne: Puech-Cremat-Bas, Cm. de Nasbinals (Lozère)
Type du site: mutatio
Période: Romaine, antiquité tardive
Province romaine: Aquitania I
Latitude approximative= 44-45 degrés Latitude Nord
Longitude approximative= 0-1 degrés Longitude Est
Table de Peutinger : mp XVIII a Anderito mp XXIIII ad Segodunum (Rodez)
Références: Peut.; CAG 48 #97; PECS 11, M. Balmelle, "Ad Silanum, station gallo-romaine sur l'Aubrac,"
Bull.Acad.Lozere (1943) 428-435

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