Joseph et Philippe Higonet, deux Marmots au service de l'Empereur

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Voici, grâce à Laurent Clavel, l'histoire de deux des Illustres, colonels d'Empire, Joseph et Philippe Higonet.

Sources :

service historique de l’armée de Terre, château de Vincennes dossier Higonet Philippe 8YD 2496. Archives Départementales de l’Aveyron Série 3E

Ouvrages consultés :

square6.gif (287 octets) Biographie du général baron Hugonet d’Henry de Lalaubie Rodez 1862 impr. Carrère.
square6.gif (287 octets) Dictionnaire des Colonels de Napoléon de Daniel & Bernard Quintin édition SPM.
square6.gif (287 octets) Titre d’anoblissement de la Restauration 1814-1830 A Réverend, tome III Paris 1903.

La ville de Saint Geniez d'Olt, dont les habitants s’appellent les Marmots, compte deux natifs, deux frères, qui s’illustrèrent sur les champs de bataille de la Révolution et de l’Empire par leur courage et leur bravoure. Ils figurent d’ailleurs dans la salle des illustres de la mairie de leur ville natale.

Leurs racines sont anciennes dans le nord-Aveyron et dans cette ville en particulier. Le 16 janvier 1746 Joseph Massabiau fils de Guillaume et + Marie Brunet épouse Catherine Albin fille de + Pierre Albin et Catherine Favier tous de Saint Geniez. De ce couple est issu Marie Massabiau.

Pierre Hugonet épouse Anthoinette Brassade, ils habitaient Curières avant 1680. De ce couple est issu Jean.

Jean Hugonet épouse Elisabeth Devèze en février 1680 (registre GG23 d’Alayrac, consultable en mairie d’Espalion) De ce couple est issu François Hugonet.

François Hugonet épouse à Gilhorgues le 8 novembre 1715 Marie Fau. De ce couple est issu Joseph Higonet.

Le 11 août 1768 Joseph Higonet, maître apothicaire à St Geniez fils de ++ François Higonet et Marie Fau mariés de la paroisse de Gilhorgues (près de Bozouls) épouse Mademoiselle Marie Massabiau fille de Joseph Massabiau, négociant, et Catherine Albin mariés de Saint Geniez, d’où naîtront :

square6.gif (287 octets) HIGONET Marie Jeanne née13 mars 1770
square6.gif (287 octets) HIGONET Joseph, sans union, qui suit
square6.gif (287 octets) HIGONET Marie Catherine née 27 juin 1774, + le 10 avril 1790
square6.gif (287 octets) HIGONET Marianne née le 6 novembre 1776, + 1er septembre 1778
square6.gif (287 octets) HIGONET Louis né la 4 mai 1779
square6.gif (287 octets) HIGONET Philippe, sans postérité, qui suivra
square6.gif (287 octets) HIGONET Marie Anne Henriette née le 22 octobre 1784
square6.gif (287 octets) HIGONET N, naissance et décès le 15 juin 1787
square6.gif (287 octets) HIGONET N, naissance et décès le 1er septembre 1788.

Joseph HIGONET voit le jour le 11 décembre 1771 à Saint Geniez d’Olt.

Entré au service comme capitaine au 2ème bataillon de volontaires de l’Aveyron le 4 juillet 1792, employé aux armées des Alpes de 1792 à 1793. Il participe de septembre au 19 décembre 1793 au siège de Toulon et y sera blessé au feu à l’épaule gauche. Avant cette bataille victorieuse Napoléon Bonaparte n’était qu’un simple " capitaine corse instruit ", et les historiens appellerons cette période l’envol de l’aigle. Joseph allait suivre son sillage. Capitaine de la 56ème demi brigade de bataille en 1794, il fait la campagne d’Italie de 1794 à 1797 et se distingue à la bataille de Rivoli où sa compagnie s’empare de trois pièces de canons le 14 janvier 1797.

Il prend part à l’expédition d’Egypte de 1798 à 1801 se signale à la bataille des Pyramides le 21 juillet 1798 et à la prise d’Alrich où il reçoit un coup de feu au visage le 20 février 1799. Blessé à deux reprises au siège de Saint Jean d’Acre en 1799 et d’un coup de pistolet à la tête à bataille d’Héliopolis en s’élançant en premier sur les batteries Turques. Le 21 mars 1800 il est blessé d’un coup de feu à la main gauche à la bataille d’Alexandrie, il est promu adjudant commandant par le général en chef de l’armée d’Orient le 30 juin de la même année.

Major des grenadiers à pieds de la Gardes des Consuls le 21 janvier 1804, il est nommé colonel du 108ème régiment en ligne le 19 octobre 1804. Il prend part en cette qualité à la campagne de 1805 en Autriche, se signale à la prise du pont de Marienzell le 5 novembre 1805 et à la bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1805.

Il participe à la campagne de Prusse. Le Maréchal Davout à la tête de 28 000 hommes écrase l’armée adverse de 70 000 soldats à Auerstad. Ce fut une brillante victoire. Le même jour, Napoléon livre bataille à Iéna contre ce qu’il croit être le gros de l’armée Prussienne. La victoire d’Auerstad fut bien évidemment passée dans l’ombre pour laisser à Napoléon 1er le seul mérite de la victoire d’Iéna. Il participe aux combats, à la tête du 108ème régiment de ligne il pénètre dans le village de Popel, en chasse les Prussiens, capture un drapeau, trois canons et fait un grand nombre de prisonniers. C’est là, le 14 octobre 1806, qu’il tombe en héros.

L’empereur voulant honorer sa mémoire et récompenser sa famille, décrète que son nom sera donné à un monument de la capitale. Il ne restera que celui-ci sur le pilier Est (Avenue des Champs Elysées / Avenue de Wagram) de l’Arc de Triomphe de Paris. Il est souligné, se qui signifie qu’il est mort au champ d’honneur. Seuls quatre colonels eurent cet honneur.

Philippe HIGONET naît le 5 mai 1782 à Saint Geniez d’Olt, baptisé le même jour son parrain est Joseph, son frère et sa marraine Marie Jeanne, sa sœur.

Après avoir servi au 4ème régiment d’infanterie légère comme simple soldat le 20 avril 1804, il est caporal le 16 mai , sergent le 30 juin de la même année, et sous lieutenant le 9 février 1805.

Il rejoint le 108ème régiment d’Infanterie en ligne, commandé par son frère Joseph, comme adjudant major le 24 mars 1805. Il s’y distingue également, au combat de Marienzell où il fait 200 prisonniers dont un colonel, un major et le prince Rospogliosi le 8 novembre 1805 et à la bataille d’Austerlitz où il est blessé d’un coup de feu à la cuisse droite le 2 décembre 1805.

Sa conduite est récompensée par sa nomination au grade de capitaine au 108ème régiment. Il participe à la bataille d’Iéna où à la tête de 400 hommes il entre en premier dans le village de Docwits défendu par 3 canons et 1 200 hommes qui furent tous tués ou prisonniers. La fierté qu’il tira de cet acte d’éclat fut ternie quand il apprendra la mort de son frère. Ce fut très certainement un grand déchirement car un profond attachement mutuel les unissait.

Puis c’est la campagne de la Grande Armée en Pologne en 1806 et 1807. Il reçoit un coup de feu à la jambe gauche et une forte contusion au bas ventre à la bataille d’Eylau le 8 février 1807 ainsi qu’un coup de feu à la cuisse gauche à la bataille d’Eckmühl le 22 avril 1809. Admis dans le corps des grenadiers à pieds de la Garde Impériale comme capitaine le 22 juin 1809 il prend part à la campagne de Russie, obtient le grade de major en second le 8 octobre 1812 et a un pied gelé au cours de la retraite.

Major au 108ème régiment d’infanterie de ligne le 13 mars 1813. Il fait partie du 13ème corps de la Grande Armée du maréchal Davout et s’illustre au siège de Hambourg où il commande le port de l’Etoile le 23 novembre 1813. Nommé colonel à titre provisoire par le même maréchal 1er mars 1814 il se voit le commandement de tous les forts et avant poste de la ligne d’Altona le 25 mars 1814. On dit qu’une rivalité de nature " intime " aurait incité le maréchal à le désigner à ce poste, point de mire de l’ennemi. Mais ses valeurs militaires et sa conduite face aux périls lui valent l’admiration de tous. Le maréchal subjugué par tant de bravoure dans une lettre du 16 févier 1814 rend hommage à celui qu’il appelle " l’un des plus brillants officiers de l’armée ". Peu de temps après usant de ses pouvoirs discrétionnaires il le confirme dans le grade de colonel.

En France l’aigle a replié ses ailes une première fois, Hambourg ouvre ses portes aux forces coalisées sur ordre de Louis XVIII. Durant cette première Restauration, il est nommé commandant provisoire de département de l’Aveyron le 12 mars 1815.

Durant les " cents jours " il est colonel du 10ème régiment d’infanterie en ligne le 11 avril 1815 puis du 108ème régiment d’infanterie de ligne le 2 mai 1815. Il fait campagne à l’armée du Nord en Belgique en recevant deux contusions à la bataille de Ligny le 16 juillet 1815 et deux coups de lance à celle de Waterloo le 18 juin 1815.

Il se ralliera à Louis XVIII et le 16 août 1815 sera Colonel de la légion départementale du Cantal. L’empereur avait abdiqué et délié ses généraux du serment de fidélité. Le colonel n’en avait prêté aucun, il avait exposé sa vie jusqu’au dernier instant pour la gloire de son pays, il se devait de lui continuer ses services sous une monarchie contre laquelle il n’avait aucune prévention et qui seule pouvait rétablir la fortune de la France, selon les termes de son biographe. Dans son dossier militaire figure une lettre écrite à Aurillac qu’il adresse au Duc de Feltre, alors Ministre de la Guerre, en date du 24 novembre dans laquelle il affirme être royaliste mais qu’il avait obéit au Maréchal Davout, Ministre de la Guerre durant les Cent Jours, et qu’il avait continué le combat à l’idée qu’on aurait pu le croire lâche ce qui le fit exposer sa vie aux plus grands périls pour une cause qu’il détestait et cite son frère mort à la bataille d’Iéna (Auerstaedt n’est déjà plus dans les mémoires) A période trouble, situation trouble : son dossier contient de nombreuses pièces à charge et à décharge et son passé Napoléonien continuera à hanter sa carrière militaire.

Il a alors 33 ans, il est selon ses états de service : physique " beau ", capacité " a reçu une excellente éducation ", conduite " excellente ", fortune " a de la fortune ", avis de l’officier général " officier très distingué par son talent et sa conduite. Il est d’une brillante tenue et d’un très beau physique. D’une bravoure renommée, connaissant les détails du service et remplissant son devoir avec beaucoup de zèle ". Celui que l’on surnomme le " beau colonel ", toujours selon son biographe, se marie le 8 juin 1816 avec Marie Françoise de Peyrac de Jugeols de Veillan habitant en son château de Veyrac à Aurillac.

Je n’ai pu découvrir si ce fut un mariage d’amour, mais passer du Premier Empire à la Restauration ne fut pas aisé et la " qualité " de cette union vient fort à propos. Voilà les termes de sa demande d’union au Ministère de la Guerre " Sa famille est des plus considérées, la plus nombreuse et la plus royaliste du pays. Malgré les pertes énormes qu’elle a faites à la Révolution Mademoiselle Veillan, la personne la plus accomplie de l’Auvergne, m’apporte une dot de 120 000 francs comptants et ses droits à la succession de Madame sa mère qui possède une fortune de 400 000 francs de biens fonds. Mon heureuse alliance avec cette noble famille que je dois en partie à ma conduite et à mon dévouement sans bornes pour le service du Roi devient la garantie la plus inviolable que je puisse donner à votre excellence de ma fidélité "

Le 24 octobre 1820, par lettres patentes, il reçoit le titre de baron héréditaire avec règlement d’armoiries :

La blason des Hugonet" Coupé : au I d’azur, chargé de dextre d’un cygne d’argent, accolé d’une couronne d’or, et à senestre d’un dextrochère, armé d’or, tenant une épée d’argent, surmontée en chef, d’une croix recroisettée d’or, accostée de deux étoiles du même ; au II de gueule, chargé de cinq épées d’argent en faisceau dans une couronne de laurier au naturel. Il prend pour devise ces trois mots " Virtus, Labor, Pietas "

En 1823 il prend part à l’expédition d’Espagne au cours de laquelle il est promu maréchal de camp le 11 août 1823 et obtient la capitulation de Saint-Sébastien le 28 septembre 1823. Il sera décoré de l’ordre de Saint Ferdinand d’Espagne. Il entre en France en mars 1825 pour y exercer les fonctions d’inspecteur général d’infanterie.

Il est choisi par le roi pour présider le collège du 1er arrondissement du Cantal réuni pour les élections, il y sera élu le 17 novembre 1827 et réélu en 1830. En tant que député, mais il ne siège pas longtemps, comme on le verra plus loin, il défend l’intérêt de l’agriculture de montagne et demande le dégrèvement de l’impôt sur le sel. Il vote le maintien de la demi solde, qui allait être supprimée, pour 1 400 officiers.

Le 24 juillet 1828 il est nommé commandant de la 2ème brigade de la division de l’expédition de Morée en Grèce. Le musée Fenaille à Rodez conserve une statuette féminine en bronze, mise au jour en Grèce où elle a été acquise, peut-être découverte, par le Général lors de son séjour. Il s’y distingue aussi particulièrement en établissant des cordons sanitaires afin d’éviter la propagation de la peste. Il sera décoré de l’ordre du Sauveur de Grèce.

En février 1829, lors de son retour en France, il est reçu en audience par le roi Charles X qui se fait raconter le récit de cet épisode grec. Le roi lui prend alors la main et lui dit " général, je vous remercie, vous avez bien servi la France ". Le 22 février 1829 il reçoit la croix de commandeur de l’ordre de Saint Louis.

Après la révolution de 1830, passé à la postérité sous l’expression des " Trois Glorieuses " il donne sa démission de député le 12 août 1830 pour rester fidèle à ses convictions C’est aussi la victoire des Ultras qui ont finalement mis un terme à sa carrière militaire. Il se consacre alors au développement et à la modernisation de l’agriculture de son domaine et préside la société d’agriculture du Cantal. Cela sera 18 ans " d’exil politique souffert pour la monarchie " selon son biographe. Celui-ci se dit son proche parent, sans autre indication, reste dans ses propos manifestement royaliste, mais il est le seul fil qui permet de retracer " cette traversée du désert ".

La Révolution de 1848 le sort de sa retraite. Il se représente aux élections en ces termes " Chers concitoyens, vous allez nommer vos représentants à l’Assemblée Nationale. Dans ce moment solennel, j’ai pensé que mon expérience pouvait être utile, je m’offre à vos suffrages. Aucune âme française ne me demandera de renier mon passé. Je n’ai pas le culte du succès. J’ai toujours senti dans mon cœur celui de la patrie, elle avant tout. La République est en ce moment la seule forme de gouvernement possible. Je la servirai avec franchise et loyauté. Mon frère aîné la défendit avec honneur et courage et, est mort glorieusement à la bataille d’Iéna (Le temps a passé, il sait bien que son frère est mort à la bataille d’Auerstadt, mais il est plus prestigieux d’être tombé à Iéna) Avec l’empereur j’ai planté nos aigles sur les tours de Vienne, Berlin et Moscou. J’étais avec mon régiment sur son dernier champ de bataille, quoique blessé, je ne le quittais que dernier ". Il cite également sa campagne d’Espagne et de Grèce et son action lors de son précédent mandat et ajoute " Un nouveau gouvernement replia nos drapeaux, je ne lui prêtai point mon appui, je me retirais près de vous. Mes principes politiques sont droit national à l’intérieur, droit des nationalités au dehors " Le choix des urnes en décidera autrement, il sera battu.

Durant le coup d’Etat de Napoléon III du 2 décembre 1851, il soutient l’élection du neveu de son ancien empereur, mais refuse de prêter serment, et se désiste de tout projet de candidature.

Le général avait toujours eut des sentiments très chrétiens, si l’on suit son biographe, et prirent chez lui plus d’énergie dans les dernières années de sa vie. Il décèdera le 12 février 1859 dans son château de Veyrac.

Les deux frères Higonet furent des acteurs de l’histoire de France de la première partie du XIXème siècle. Deux frères colonels au service de l’empereur, qui seront l’un et l’autre médaillés de la légion d’honneur, et surent porter très haut la gloire de leur patrie.

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