La dômerie d'Aubrac

"...le touriste le moins averti ne saurait, encore aujourd'hui, demeurer indifférent au spectacle brutalement surgi, tandis que défilent les nuées et les bourrasques, de cette forteresse plantée seule, comme un défi à l'étendue, parmi un décor d'apocalypse ; occupant le ciel de leurs roides arêtes, une énorme tour campée de biais et, sur l'autre bord, un clocher carré encadrent solidement une nef qui a des façons de casemate, renforcée par une gaine d'arcatures puissantes en plein cintre. Un ultime moutonnement du grand plateau les protège des terribles vents du Sud ; c'est lui qu'il faut gravir pour saisir d'un coup d'oeil la justification de l'hospice en ces lieux, clairement inscrite. On voit alors que le grand hôpital couvre et protège en arrière toute l'étendue des solitudes, et la descente en pays plus hospitalier s'amorce dès la porte franchie pour l'étape du jour nouveau."

Raymond Oursel

La tour des Anglais Le clou de la visite d'Aubrac, et quasiment son seul intérêt (à part la maison de l'Aubrac et les yourtes mongoles), c'est ce qui lui a donné naissance, c'est-à-dire la dômerie. La dômerie d'Aubrac est une abbaye ancienne, dont quelques bâtiments ont survécu. Elle est située au coeur même du village d'Aubrac. Au pied de l'église, jetez un oeil sur le panneau d'information, et essayez de reconstruire tous les bâtiments manquants. Il est surprenant de voir un établissement aussi immense dans une contrée aujourd'hui aussi déserte. il faut savoir tout de même que les terres dépendant de l'abbaye s'étendaient très loin. Vous l'apprendrez notamment en allant voir la croix de la Berque ou la Tour de Bonnefon ou en consultant la liste des commanderies d'Aubrac en 1377. A l'époque de la plus grande puissance du monastère, son influence s'étendait depuis l'Isle en Dodon dans les Pyrénées jusqu'à Moirans dans les Alpes et à Anduze en Languedoc.

Je vous offre ici la photo de la tour des Anglais, l'un des plus beaux restes, qui sert à l'occasion de gîte pour les randonneurs, et qui abrite à son pied un charmant petit jardin botanique, et une vue du clocher de l'église, depuis la tour des Anglais. Elle fut bâtie au XVème siècle (pendant la guerre de Cent Ans) pour protéger la dômerie des attaques des anglais, dont le territoire s'étendait jusqu'à Laguiole (ils avaient occupés les lieux entre 1370 et 1385).

Une porte dans le village d'AubracA Aubrac vous trouverez des hôtels (le pluriel commence à deux, non ?) et restaurants, ainsi qu'un atelier de poterie, pour les passionnés.

Le monastère-hôpital d'Aubrac (de AltoBraco, la haute halte...) a été fondé vers 1120 par Adalard, un noble flamand. Son nom complet, semble-t-il, était Adalard d'Eyne, bouteiller du comte de Flandre.

Fils de Conom, il dota le couvent d'Oudenburg et suivit Robert II, comte de Flandre à la croisade, où ce dernier mourut en 1111. Il revint en Flandre ou il resta jusqu'en 1115, avant de partir pour le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Il avait, dit la légende, manqué périr de froid sur le plateau durant le voyage aller. Au retour, s'égarant à nouveau, il découvrit une caverne dans laquelle se trouvaient les têtes de dizaines de pèlerins victimes des bandits. Il décida alors de fonder un monastère dans ces "lieux d'horreur et de vastes solitudes".

"Sur une rude et haute montagne du Rouergue, couverte de neige et de brouillards pendant huit mois de l'année, on aperçoit un monastère, bâti, vers l'an 1120, par Adalard, vicomte de Flandre. Ce seigneur, revenant d'un pèlerinage, fut attaqué dans ce lieu par des voleurs ; il fit voeu, s'il se sauvait de leurs mains, de fonder dans ce désert un hôpital pour les voyageurs et de chasser les brigands de la montagne. Etant échappé au péril, il fut fidèle à ses engagements, et l'hôpital d'Abrac ou d'Aubrac s'éleva in loco horroris et vastae solitudinis, comme le porte l'acte de fondation. Adalard y établit des prêtres pour le service de l'église, des chevaliers hospitaliers pour escorter les voyageurs et des dames de qualité pour laver les pieds des pèlerins, faire leurs lits et prendre soin de leurs vêtements. "

Une maison du village d'AubracChâteaubriand, Génie du Christianisme, BNF, Livre 6 - Services rendus à la société par le clergé et la religion chrétienne en général Chapitre VIII - Villes et villages, ponts, grands chemins, etc.

Pour essayer de vous faire ressentir ce que l'on peut éprouver sur l'Aubrac un jour de mauvais temps, j'ai pris quelques photos. Cliquez pour les voir !

Je ne suis pas graphiste, c'est clair ?! ceci et une tentative ratée de représentation du pommeau de la canne d'Adalard...Les religieux ou leurs descendants ont conservé jusqu'au XIXème siècle le pommeau d'argent du bâton de pèlerin d'Adalard. Cette pièce d'orfèvrerie, supposée dater du XIIème siècle donc, était exposée sur l'autel majeur de l'église. 24 grammes d'argent, enrichis en 1650 d'une gravure destinée à s'assurer de l'authenticité de l'objet, et disant "C'est le bâton du B. Alard, vicomte de Flandres et fondateur du saint et (sic) hôpital d'Aubrac".

Cet objet précieux a été racheté au XIXème siècle par Victor Advielle, érudit arrageois qui, dans un de ses ouvrages (voir la bibliographie) affirme le posséder, promet qu'à sa mort il le léguera à une collection publique, et précise qu'il en a offert un moulage en plâtre à un musée parisien.

Il le décrit ainsi : un objet de 24g en argent fin, creux, constitué d'une plaque d'argent épaisse, réunie en boule aplatie de haut en bas, posée sur un tuyau, lequel est doté d'une fente permettant de faciliter l'insertion d'un manche. Sur la boule se lit l'inscription gravée en 1650.

Les premiers bienfaiteurs du monastère furent les comtes de Rodez, Alphonse II d'Aragon, marquis de Provence et comte de Millau, Adhémar de Poitiers, Étienne, évêque de Clermont, Étienne, seigneur de Saint-Urcize, les seigneurs de Calmont d'Olt, Estaing, Roquelaure, Castelnau, Peyre, Gramont, Canilhac, Lévézoulx, La Roque.
L'église de la dômerie d'Aubrac  L'hôpital principal à Aubrac a accueilli jusqu'à 1.500 pèlerins par jour et son activité se maintint globalement pendant plusieurs siècles, comme vous pourrez le lire dans la chronologie détaillée.

Les religieux portaient un rabat blanc sur une robe noire, sans capuce, ornée au côté gauche d'une croix de taffetas bleu ciel à 8 pointes. Au choeur, la barrette et une espèce de coule noire à grande manches, avec la croix sur le côté gauche de la coule.

Après la réforme de la fin du XVIIème siècle, les chanoines réguliers portaient une robe blanche, un petit scapulaire de linge placé par dessus avec une ceinture de laine, avec la croix bleu de ciel. Au choeur, en été, un rochet azuré à larges manches avec l'aumusse noire sur le bras gauche et la chape de même couleur en hiver;

L'église Notre-Dame des pauvres et Saint-Gilles (25,30 m sur 10 m) abrite la cloche des perdus, que les religieux sonnaient tous les soirs pendant deux heures, lorsque le temps était mauvais, pour appeler les pèlerins perdus sur le plateau. Allez lire l'inscription portée sur la cloche ! Vous trouverez aussi dans l'église une plaque à la mémoire d'Adalard, qui a été posée en 1892 par les bons soins de Victor Advielle, déjà cité. Elle dit "A la mémoire d'Adalard, seigneur flamand, fondateur de l'hospice d'Aubrac, décédé en ce lieu le 5 mai 1135. Victor Advielle d'Arras, Société française d'archéologie, 5 mai 1892". En tête de la plaque figure le pommeau de la canne d'Adalard.

Si vous cherchez un hébergement à Aubrac, visitez le comptoir d'Aubrac, chez Catherine Painvin, et vous pourrez peut-être dormir dans son magnifique gîte.

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