Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa
Une borne sur la via Agrippa

La Via Agrippa

Randonnez à pied dans les environs.

La Via Agrippa était une voie romaine qui traversait l'Aubrac et  reliait Lyon à Bordeaux en passant par Rodez. Sur l'Aubrac elle passe par Saint-Côme d'Olt, Saint-Chély d'Aubrac, les Enfrux, Montorzier (à proximité de Montorzier, vers Puech-Cremat, on peut voir les restes d'une station romaine, Ad Silanum, -je dois vous dire qu'il n'y a vraiment pas grand'chose à voir, et on ne vous réclamera pas de ticket d'entrée, seules les vaches vous surveilleront de près), les Salhiens, Marchastel, Rieutort d'Aubrac et Aumont-Aubrac. La photo ci-dessus a été prise au-dessus des Enfrux, dans la forêt domaniale. L'Office national des Forêts y a pris une excellente initiative, créant des déviations de part et d'autre de la voie, afin d'éviter qu'elle ne soit endommagée par les camions débardant le bois. Ainsi, vous pourrez vous promener tranquillement sur la voie pendant encore plusieurs siècles...

La Via Agrippa est visible notamment sur la table de Peutinger, dont voici l'extrait qui concerne la région. Vous pouvez également consulter en Allemagne la copie complète de la carte. Vous pouvez également consulter le tracé de la voie sur l'Aubrac grâce à l'école de Nasbinals.

Vous trouverez dans la bibliographie les références à l'article du journal de l'Aveyron dans lequel était décrite en 1942 la voie, qui avait été examinée sur une douzaine de kilomètres, de Mas-Nouvel près des Enfrux au lac de Souveyrols : "sur les deux premiers kilomètres du parcours dans la forêt d'Aubrac, ses vestiges permettent d'étudier sa structure, qui apparaît nettement à l'entrée de la forêt. la surface de roulement a disparu ; mais le hérisson auquel des siècles de tassement ont donné une solidité comparable à celle du ciment, est encore en place. il est fait de blocs de basalte, dont certains ont plus de 40 cm de côté. La bordure, d'une hauteur de 30 cm, subsiste encore à droite, sur une longueur de 4 m. 1500 m plus loin, un chemin moderne s'enfonce profondément dans la voie, sur le côté droit. La voie, intacte sur le côté gauche, offre ainsi une coupe qui permet d'apprécier la robustesse de son infrastructure de moellons formant corps et dont l'épaisseur paraît, en ce point, de près d'un mètre. (...) Sur le versant oriental de l'Aubrac, la voie est cachée par le gazon. Sa présence est révélée par la largeur constante de la levée de terre qu'elle dessine à travers les pâturages et par la dureté du sol sous le pied. En bien des points, on peut l'apercevoir de loin, déroulant ses courbes harmonieuses au long des coteaux, où les travaux de terrassement qu'a exigés sa construction sont encore visibles. (...) La largeur, mesurée, une vingtaine de fois, n'est jamais inférieure à 6 mètres. A l'entrée dans la forêt, elle est de 7,5 m, son maximum."

L'objet photographié plus haut est parfois présenté comme une borne milliaire de la Via Agrippa. J'ai moi-même écrit ici pendant longtemps qu'il s'agissait d'une borne de cette voie.

En réalité, il semble qu'il ne s'agisse pas d'une borne milliaire car on ne connaîtrait pas d'autre modèle de borne milliaire que le gros modèle cylindrique que nous avons tous vu dans nos livres d'histoire.

Vous pouvez consulter, sur les bornes milliaires, quelques éléments qui m'ont été fournis par Alain J. Thomas, que je remercie au passage :

"Les bornes milliaires jalonnaient les voies romaines importantes, en principe implantées tous les mille pas, soit 1.48 km (le "pas" romain est double); d'autres dites "leugaires" étaient espacées d'une lieue (2.22 km). Elles portaient une inscription précisant entre autres le nom de l'empereur, celui de la "cité" (le chef lieu) et la distance du point d'implantation à cette cité. Leur forme était typiquement cylindrique : environ 60 cm de diamètre (parfois moins) et au moins 1.5 m de haut; la base, enfouie dans le sol, était de ce fait moins soignée, souvent plus ou moins quadrangulaire.

De nombreux érudits, emportés par leur zèle, ont parlé de "milliaires anépigraphes", c'est à dire dépourvus d'inscriptions, voulant ainsi justifier le passage d'un chemin présumé romain. Dans ce cas, la preuve de l'authenticité archéologique manque; il peut ne s'agir que de simples pierres cylindriques comme on en voit parfois pour soutenir le toit de la montée vers une grange. Il est prudent de négliger ces "milliaires" trop peu convainquants.

Il est extrêmement rare que les milliaires soient demeurés à leur emplacement d'origine, notamment pour deux raisons. La première est que ces pierres, qui attiraient évidemment l'attention des bergers, des paysans, paraissaient mystérieuses, leur inscription en latin et mal lisible étant incompréhensible pour les habitants des campagnes. Du mystère à la superstition, il n'y a qu'un pas et il est assez probable que ces pierres "anormales" ont pu faire l'objet de certaines pratiques païennes, ce que l'Eglise aura réprouvé. Si ces pratiques ne sont pas explicitement attestées par les textes, par contre la découverte fréquente de milliaires dans les cimetières, voire dans les églises, témoigne de l'intérêt que le clergé leur portait. En quelque sorte, une fois transportées dans ces lieux chrétiens, leur caractère "maléfique" ou païen se trouvait ainsi neutralisé.

Une autre raison est due au développement des sociétés académiques locales, de plus en plus passionnées par la question romaine depuis le milieu du 19ème siècle. Elles étaient couramment fréquentées par des notables, des militaires, des nobles, et bien sûr par de nombreux ecclésiastiques qui avaient le gros avantage d'une solide formation au latin. On faisait ainsi preuve d'érudition et de culture en faisant planter dans l'allée de son château un milliaire récupéré à peu de frais dans les environs. Il y a de nombreux exemples de cette pratique dans le Velay.

On pourrait ajouter qu'une dernière cause de leur disparition est leur réemploi dans la construction des bâtiments, une fois équarris à la masse par les maçons qui trouvaient là une bonne pierre déjà à demi façonnée.

La conséquence est qu'aujourd'hui on se trouve généralement dans l'incapacité de dire avec précision sur quel chemin ces milliaires étaient implantés, et de vérifier si les distances qu'ils mentionnent correspondent bien au trajet supposé de la voie romaine qu'ils sont censés avoir balisé.

Ces diverses raisons expliquent peut-être la totale absence de bornes milliaires (ou leugaires) sérieusement attestées par les archéologues le long de la voie Agrippa dans la Lozère. Il existe bien à Javols, chef lieu de la cité des Gabales, une colonne gravée au nom de l'empereur Postume, mais son interprétation en tant que borne milliaire prête à discussion. Il semble aussi que de l'Aubrac à Rodez on n'en ait pas trouvé non plus.

L'Aubrac a donc la chance de posséder une belle voie romaine, et la malchance de n'en connaître aucun milliaire certifié. Les découvertes modernes de milliaires sont extrêmement rares. On en a cependant trouvé un enfoui dans le fossé d'une voie romaine du Limousin voici une vingtaine d'années. Que les chercheurs ne se découragent pas; après tout, la chasse aux grosses pierres cylindriques dans les villages peut encore réserver d'heureuses surprises ! Il y a un milliaire dans le Velay qui sert tout bonnement de montant à la porte d'un jardinet...
Alain J. Thomas".

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