La montagne

Elle se situe en altitude, mais elle n'a rien à voir avec Val d'Isère. La montagne, c'est une partie de l'Aubrac, qui appartient à un seul propriétaire, qui l'utilise pour y nourrir son troupeau l'été, après la transhumance. La montagne peut constituer en une colline entière, mais la plupart du temps elle n'occupe qu'un des versants. Au sommet de la colline, les quatre clôtures se rejoignent : vous êtes au coeur de l'Aubrac. Si vous allez au signal de Mailhebiau, tout à proximité, vous verrez les clôtures des différentes montagnes du lieu. En résumé, une colline constitue souvent plusieurs montagnes, et une montagne n'est pas une hauteur...
Dans l'étude du CNRS qui est citée dans la bibliographie, on trouve une histoire du développement des montagnes. Je vous présente ici les témoignanges les plus intéressants.

La forêt, en Aubrac, est antérieure aux pâturages. Les seconds se sont développés aux dépens de la première : il est permis de penser qu'il existait déjà des pâturages lors de la fondation. au XIIème siècle, de deux grands établissements religieux qui l'ont possédé et exploité la plus grande partie jusqu'à la Révolution : la dômerie d'Aubrac et l'abbaye cistercienne de Bonneval.

Les montagnes de l'Aubrac au XVIè siècle - montagnes et localités apparaissant en 1552 dans les différents témoignages cités par le document d'AgenUne série de documents conservés aux archives municipales d'Agen, datés de 1552, apporte des témoignages de première importance sur les pâturages de l'Aubrac à cette époque.  Il s'agit des pièces relatives à un procès des Etats d'Agenais, Quercy et Périgord, contre les Etats de Rouergue.
Les dépositions de témoins, marchands auvergnats pour la plupart, fournissent les éléments qui vont nous permettre d'esquisser une description de l'élevage en Aubrac, au milieu du XVIème siècle.

Ainsi, Jehan Fontrouge, marchand à Aurillac, âgé de 50 ans, déclare :
"-C'est que en iceluy pays de Rouergue y a grande commodité de pâturages pour la nourriture du bétail, duquel se fait et nourrit une grande quantité par iceluy pays, tant par les habitants d'icelui pays que par les étrangers, ainsi qu'il a vu de ceux de Quercy, lesquels aux temps d'été en amènent grande quantité au pays de Rouergue pour la nourriture et mêmement du côté de la montagne d'Albrac et autres lieux circumvoisins de grande largeur et étendue.
- Laquelle largeur et étendue du dit pays il n'a pu assurer certainement; mais par plusieurs personnages l'ouie estimer de vingt huit à trente lieues d'étendue, es quels lieux y a ainsi, comme il a vu grande quantité d'herbages beaux et forts commodes pour la nourriture et engraissement du bétail lequel à peu de frais et peines se peut garder et engraisser en iceluy pays, parce que 7 ou 8 hommes avec quelques chiens peuvent garder un troupeau de 12 à 15 cents bêtes et les dits herbages proviennent sans aucun labourage ni autre artifice et peine des habitants, par la seule commodité de la terre."

Un autre témoin, Jacques Caufet, marchand de la paroisse de Saint-Cergues en Auvergne, et âgé de 50 ans, témoignait ainsi :
" ... Et en icelui pays où plus grande partie y a grands et spacieux pâturages et herbages très commodes pour la nourriture du bétail, au moyen desquels les habitants d'iceluy pays en font grande nourriture tant de gros que de menu, entre lesquelles contrées abondantes en herbages et pâturages sont principalement celle de l'évêché de Vabres tirant à Rodez, comme les montagnes d'Albret, Enbriac, Ruelle, la Marmotte, la Cusse, la Doulhe, le Théron, le Pal, Carteiret et autres lieux circonvoisins, combien que ladite montagne d'Albrat soit trop plus fructueuse et pleine d'herbages que les autres, lesquelles toutefois sont commodes et fertiles.  En toutes lesdites contrées se fait par lesdits habitants grandes nourritures de bétail gros et menu, et n'a su dire au vrai combien avaient lesdits lieux de circuit pour être en fort grand espace, et laquelle nourriture de bétail se fait à peu de frais, car pour la garde d'icelui 2 pâtres ou 3 peuvent suffire pour 2 ou 3000 moutons et 2 pâtres pour 100 vaches, et les herbages proviennent es dites montagnes et lieux par lui déclarés par la seule bonté et fertilité de la terre, sans aucun labeur ou autre dépense et artifice, à moyen de quoi la quantité et nombre de bétail qui se nourrit es dits lieux est fort grande et presque infinie, estimant ledit déposant par ce qu'il y a vu et connu ordinairement par chacun an que se nourrit audit pays plus de 600 000 moutons et brebis, et du bétail gros comme boeufs, vaches, juments, mules, mulets, 20 000 et plus."

Plus loin, il précise
"Et au moyen desdits herbages et pâturages que sont en grande abondance auxdites montagnes de Rouergue, les pays circonvoisins qui n'ont pareille commodité desdits herbages sont contraints par chacun an d'acheter et louer lesdits pâturages et en a vu ledit déposant plusieurs fois emmener dudit pays de Quercy en grande quantité auxdites montagnes de Rouergue et a d'autres lieux, tant boeufs que moutons, brebis, vaches et juments, à fort grande quantité qui portent grand profit aux habitants dudit Rouergue, tant à cause de l'argent qu'ils reçoivent desdits pâturages que aussi ledit bétail étranger sert à engraisser leurs dites terres".

Ou encore ce témoignage sur les montagnes
"Et en icelui pays de Rouergue, y a plusieurs belles montagnes et fertiles comme les montagnes de Ruel, Marmotio et autres dont mention est faite aux 190e article qui sont toutes montagnes ... entre autre est la montagne d'Aubrac qui est fort fructueuse et sur laquelle est fondé un des plus beaux bénéfices du pays appelé vulgairement le dom d'Aubrac, auquel il a été vu plusieurs religieux et prêtres en icelui faisant le service divin et faire plusieurs aumônes aux passants."
 
 

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