Le buron de Puech Cremat (bas)
 
Le buron de Puech Cremat (bas), près de la Croix de la Rode, a fait l'objet d'une monographie détaillée par une équipe du Centre national de la recherche scientifique. Voir la bibliographie.

Cette équipe en a tiré les plans qui suivent, ainsi que la monographie que vous pourrez consulter plus bas.

Le plan de masse du buron. Echelle 4m
 
Le buron de Puech Cremat (bas) - plan du rez de chaussée
 
 
En bleu, les rivières 
En jaune, les chemins 
En rouge, les limites des montagnes 
Piquetée de vert, la montagne de Puech Crémat (bas) 
1. Puech Crémat (bas) 
2.Puech Crémat (haut) 
6. Devèze de Montorzier 
7. Barthas 
8. Puech de Saint-Geniez 
9. Fontanille bas 
10. Fontanille du milieu
Vue aérienne de la montagne de Puech Crémat (bas)
 
 

1. Historique

Le buron en 1999, depuis Montorzier. Sur la droite, plus bas, les ruines d'Ad Silanum.La montagne de Puech Crémat, située dans la commune de Nasbinals (Lozère), un des éléments de la montagne historique de Montorzier, était jusqu'à la Révolution propriété de la dômerie d'Aubrac.  La montagne de Montorzier d'une surface de 420 ha avait, en 1789, été estimée 40480 livres et vendue comme bien national le 13 juin 1791 pour 59500 livres à Richard, commissaire terrier à Marvejols.  Elle fut ensuite revendue à Reversat de Saint-Laurent-d'Olt.

Elle figure sur le premier cadastre de Nasbinals comme étant la propriété de M. Baduel d'Oustrac résidant à Laguiole (Aveyron).  Montorzier avait été partagée et la montagne de Puech Crémat cotée sur la matrice cadastrale pour une contenance de 216 ha.

En 1885, un des descendants de Baduel d'Oustrac vendit Puech Crémat à Casimir Mayran, résidant au Château de la Baume, commune de Prinsuéjols (Lozère).

Puech Crémat fut partagé en 1924 en deux parcelles, Puech Crémat Haut et Puech Crémat Bas.  Joseph Ayrignac acquit cette dernière d'une surface de 74 ha.  Joseph Ayrignac était à Paris le fondateur et l'animateur de la Solidarité Aveyronnaise, une des nombreuses Amicales regroupant les Rouergats de Paris.

Actuellement, la montagne de Puech Crémat Bas appartient à François et Jean-Louis Ayrignac, fils de Joseph Ayrignac.  Le premier réside à Paris, le second à Saint-Geniez-d'Olt.
 

 2. Description de la montagne

La montagne de Puech Crémat Bas, située sur un sol basaltique, occupe une pente orientée vers le Sud et l'Est où deux ruisseaux la limitent; son altitude moyenne est de 1 300 mètres.  Elle ne porte pas d'abri naturel pour les animaux.  Aucun chemin ne la relie à la route, mais deux pistes permettent d'y accéder, l'une partant de la route d'Aubrac à Prades-d'Aubrac et traversant la montagne de Puech Crémat Haut, l'autre partant de la route de Nasbinals à Aubrac traversant les montagnes de Fontanille Haut et de Fontanille du Milieu.

La ligne électrique qui alimente la ferme de Montorzier passe à proximité du buron.  Un branchement a pu être effectué; c'est la raison pour laquelle le buron du Puech Crémat est le premier et le seul de tout l'Aubrac à posséder l'électricité.

La clôture de la montagne commencée en 1960 a été terminée en 1961.  En 1963, la montagne a été divisée par des clôtures internes en trois parcelles de surface à peu près égale.

Deux analyses floristiques ont été effectuées sur la montagne.  La parcelle 1 est la plus riche.  Elle inclut la zone où se trouve le buron; les parcelles 2 et 3 sont moins riches; une grande partie de leur surface est marécageuse (avec carex vulgaris et joncus effusus en grande quantité), ou rocheuse (partie Sud de la montagne).  Partout le Nard raide, Nardus Stricta est abondant.

Les ruisseaux servent d'abreuvoir aux animaux.  Une fontaine a été aménagée à proximité du buron, alimentée par une rigole creusée par l'équipe des buronniers durant l'été 1964.  Une source située à 100 mètres en contrebas fournit l'eau potable.
Puech Crémat Bas est constitué par l'assemblage de 7 parcelles de pâture et une parcelle de sol de bâtiment (emplacement du buron).
 

3. Données cadastrales

Ces parcelles sont portées sur la Section E de la matrice cadastrale de la commune de Nasbinals (Lozère) (Tableau 19).
 

 4. exploitation de la montagne

François Ayrignac, propriétaire absentéiste, confie l'exploitation technique de la montagne à Emile Chassaly, qui, buronnier par vocation, travaille à Paris comme comptable dans un chantier de bois et charbon de novembre à avril.

Il quitte Paris à la fin du mois d'avril et rejoint son buron du Puech Crémat où il reste jusqu'au 14 ou 15 octobre.  Au début du mois de mai, Emile se rend sur la montagne, s'occupe de l'entretien du bâtiment, prépare l'estive et recrute les membres de son équipe.  Le 25 mai, les animaux arrivent sur la montagne.  Commence alors pour l'équipe des trois buronniers une nouvelle campagne de production de fromage.  Emile Chassaly va contrôler et gérer la production en véritable comptable qu'il est.  Ce sont ses qualités d'organisateur qui nous ont permis de faire cette monographie de Puech Crémat Bas.  Emile Chassaly s'est comporté comme un véritable chercheur et l'associant à ce travail, nous tenons à lui témoigner ici toute notre gratitude.
 

5. les buronniers

5.1. Composition de l'équipe

En 1965, l'équipe des buronniers du Puech Crémat Bas se composait de trois hommes, le cantalès, le bédelier et le pastre.
 
Le cantalès.
Emile Chassaly, appelé familièrement Milou, né à Rieuzens, commune d'Aurelle-Verlac, le 23 mars 1924, est célibataire.  Il a 3 frères qui ont tous été buronniers.  Son père, Cyprien, a longtemps été cantalès; il avait 3 frères et 4 soeurs (l'un des frères est d'ailleurs resté toute sa vie à travailler dans les burons).  Emile, qui ne possède ni terre, ni cheptel, passe l'hiver à Paris, où il loge chez son frère, Henri, propriétaire d'un café-charbon, à Saint-Ouen.  Emile est cantalès depuis 1958 au Puech Crémat Bas.  Il y travaille en partie pour raison de santé.  Très habile, il a confectionné de nombreuses vanneries.  Passionné de la vie des burons, il a été le premier et peut-être le seul à demander au propriétaire exploitant de la montagne un confort élémentaire dans un buron, obtenant d'en faire cimenter le sol, et d'y installer l'électricité.  Il a gagné plusieurs fois le premier prix au concours annuel de fromage, ce qui lui vaut de vendre pratiquement toute sa production, dès le début de l'estive.

- Milou, apparaît comme le type même du buronnier, représentant de cette catégorie d'hommes qui passent une partie de leur vie dans les montagnes, non seulement par nécessité économique, mais aussi par vocation.
 

Le bédelier.
Cayzac René, né à la Pomaré, commune de Saint-Geniez-d'Olt.
 
 Le pastre.
Despierre Robert, 18 ans, célibataire, originaire du Calvados, beau-frère du cantalès.
 

5.2. L’équipe des buronniers de 1958 à 1968

Emile Chassaly nous a communiqué la liste des membres de l'équipe pour la période 1958-1968.

L'examen de ce tableau, qui comporte le nom, la fonction et l'origine des buronniers, montre qu'il y a un changement dans la composition des équipes, année après année; cette modification est due à un changement de fonction, passage de roul à bédelier ou à pastre, lié à une augmentation de salaire (la mobilité des individus est aussi provoquée par l'émigration définitive vers Paris).
 
 

5.3. La vie durant l'estive

 Les buronniers travaillant dans le voisinage du Puech Crémat étaient encore le noyau d'une vie communautaire dont Emile Chassaly assurait la continuité par son dynamisme, par son prestige auprès de ses compagnons et son attachement aux traditions de leur groupe.

En 1965, on a pu observer qu'à l'automne, époque où les travaux requièrent moins de temps, des réunions hebdomadaires avaient lieu le soir, réunions auxquelles participaient les hommes de deux ou trois burons.  Ces réunions étaient fréquentes au Puech Crémat et la gastronomie y avaient une place de choix; on y chantait en patois, on y discutait des dernières nouvelles, on y évoquait des souvenirs... Emile Chassaly a réussi à enregistrer certaines de ces soirées; en effet, il est vraisemblablement le seul à avoir eu, dans un coin du buron, un magnétophone en permanence durant l'estive... Profitant de son dynamisme et de son hospitalité, les chercheurs du CNRS ont pu présenter dans son buron des séquences filmées concernant la vie des buronniers et les techniques de fabrication fromagère.  Les agronomes et les techniciens de l'équipe ont bénéficié de cet accueil pour y entreprendre des recherches transformant ainsi la montagne de Puech Crémat en  montagne - laboratoire.
 

 6. L'équipement du buron

Voici l'inventaire des ustensiles et outils utilisés dans le buron en 1965.
 
Ustensiles nécessaires pour la traite : 4 cordes à veau (3 en crin et sisal et une en crin et chanvre); 2 selles à traire; 2 poches à sel (en caoutchouc de botte avec fond en bois); 3 seaux à traire (farrat) dont 1 neuf fabriqué par L. Petit à Vieurals; 3 récipients à lait (gerles) et leurs couvercles dont : 1 de 120 litres, anciennement 150 litres, raccourci par le fond; et 1 de 178 litres fabriqué par L. Petit.  Plusieurs étamines ou linges pour passer le lait.

Transport du lait : plusieurs cordes pour attacher la gerle; 2 barres pour transporter la gerle; 1 char à timon pour transporter les gerles (non utilisé, roues démontées).
 
Fabrication du fromage : 1 bouteille de présure; 1 louche en fer blanc à très long manche pour mélanger la présure; 1 brise-caillé, tout en bois, dit "ménole"; 2 brasse-caillé, tout en bois, ajustables sur la ménole, dit "attrassadou"; 2 puisettes à petit lait, dites "pouzet", une en fer blanc, l'autre en aluminium; 1 selle à presser la tome, en planches (le levier est doté d'un poids de 33 kg); 1 couteau à tome à large lame pointue, en fer, avec manche en bois; 1 vieux seau de métal pour récupération du petit lait; 1 broyeur à tome, à cylindres munis de dents; 1 balayette à tome, en paille de riz (suspendue au montant de la presse à tome); 1 coffre à sel en bois; 1 selle en planches pour saler la tome; 1 bascule; 1 balance romaine; 1 pèse-bébé pour peser le sel; 3 moules à fourme en fer étamé, dont : 1 de 14 kg de tome, 1 de 25 kg et 1 de 44 kg; plusieurs étamines à fourme (linge placé au fond du moule); 1 presse à fourme en métal : "Crémier et Cie, constructeurs à Aurillac", dotée de deux poids de 2,423 kg et de 3 poids de 1,380 kg; 1 claie à fourme.
 

Ustensiles divers : 3 baquets à petit-lait, en bois, dit "badinioux", dont 1 neuf, fabriqué par L. Petit; 1 baquet à petit lait, en plastique vert foncé, marqué Léopold; 1 écrémeuse Alfa-Laval; plusieurs récipients à crème, en terre émaillée brune; 1 baratte métallique Alfa-Laval, de type centrifugeuse; 3 planchettes à beurre: 2 seaux en fer blanc; 1 seau en plastique.

A cet équipement, il faut ajouter l'outillage nécessaire aux travaux domestiques : scie et scie-égoïne, tenailles, marteaux, masse, tournevis, vilebrequin, etc. ainsi que les ustensiles de l'équipement domestique : cuisinière, réchaud à gaz butane, marmites, poêle, casseroles, assiettes, verres, cuillères en bois, cuillères à aligot, bouteilles, moulin à café, cafetière, etc.
 
Mobilier : le mobilier se compose, dans la salle commune, de deux tables, de deux bancs et quatre tabourets, d'un petit coffre, d'un garde-manger, d'étagères et d'un thermomètre-baromètre, un poste radio à transistor, un magnétophone portatif autonome, utilisé pour entendre des bandes de musique et de chanteurs régionaux, ou pour enregistrer des chanteurs locaux.  Cet équipement est localisé sur les plans 4 et 5 représentant le plan de masse et le rez-de-chaussée du buron de Puech Crémat Bas.
 

7. Le troupeau

7.1. Composition du troupeau

 En 1965, le troupeau se compose de 60 vaches et veaux, et un taureau de race Aubrac.  Toutes les vaches avaient vêlé avant la montée en estive.  Sur 60 veaux, il y a 10 veaux croisés Aubrac x Charolais, 3 veaux Aubrac x Brune des Alpes, 1 veau Aubrac X Limousin et 46 Aubrac pur.
 
Les animaux proviennent de 7 étables différentes par groupe d'importance variable.
 
Avant le parcellement interne de la montagne, les vaches et les veaux étaient gardés séparément par le roul durant la journée.  Les veaux étaient enfermés dans le parc de traite pour la nuit.  Depuis 1963, le cloisonnement permet de séparer les veaux de leur mère en parquant chaque troupeau dans une parcelle différente.  Le roul a donc été supprimé.

Le parcage a pour effet direct de fumer le pâturage.  On déplace le parc tous les trois ou quatre jours pour assurer une fumure homogène à l'ensemble de la pâture.  La parcelle 1 a été fumée au cours d'un cycle de trois ans et la fumure de la parcelle 2 commencée en 1966.
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